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black stone
Je m'use, j'abuse et j'en abuse. Je me lève avant le soleil et je m'endors peu de temps avant qu'il ne se lève... A moins que je ne m'endorme jamais. Je cours dans la ville, je la parcours, tantôt ici, tantôt ailleurs, au travail j'accumule les heures. Mon corps fond, il tremble, il oscille mais il s'endurcit aussi, ce n'est que trop souvent en fin de journée, rongée par une migraine que je me rappelle que je n'ai rien mangé depuis la veille. Et je n'ai jamais été aussi performante, mon esprit fait du zèle, je n'arrive toujours pas à ressentir quoi que se soit, quant à y croire c'est sans espoir, pourtant on me le dit, on me l'écrit et on me sollicite plus que je ne le peux, ça ne doit pas être si faux que ça. On ne cesse de me dire que je suis jolie, on cherche à savoir si j'ai un p'tit-ami, où je vis, quelle est ma vie. Je n'arrive pas à réaliser le regard ou le mot, ce n'est que plus tard ou trop tard que j'en comprends la signification. Pour moi, je n'existe pas, à travers le regard d'un homme, ce n'est que vide ou indifférence c'est tellement paradoxale en vrai. Alors je ris, j'éclate de rire ça évite d'exprimer les mots qui ne viennent pas. En ce moment, je ris tout le temps. Et puis... il y a ces rares moments, fugace instant où je suis seule. Là, je m'écroule. Les larmes jaillissent, dévalent mon corps comme un torrent. Sur le carrelage froid d'un vestiaire, dans l'obscurité d'un cinéma, sur le quai désert du métro, le long d'un trottoire à peine éclairé, le temps de dévaler un étroit escalier. Je pleure. La tristesse m'envahie, me submerge, je ne peux rien retenir. Son meilleur ami a signé. Il va vivre de nouveau avec elle, dans cette maison qui ne leurs ressemble pas. Mais c'est ici avec elle qu'il vivra. Je l'adore. Je ne pense pas pouvoir un jour l'aimer autant qu'il m'aime. Toutefois, j'aimais rêver avec lui, on s'imaginait mariage, maison, enfants... oui beaucoup enfants. J'ai déjà un instinct maternel dévorant, lui il parvenait à me le faire exploser au plus profond de mes entrailles. Maintenant tout est fini. En signant ce papier, il a mis fin à nos rêves à la con. Mon homme lui, se débat pour être à Noël avec moi. En vain. Tu sais, mon coeur. Je n'ai jamais passé un seul Noël avec toi. C'est tellement anodin pour chacun de vivre au moins une fois dans sa vie, un réveil au pied d'un sapin, à la chaleur d'un feu de bois, les yeux tout excités, toutes ces boites colorées qui tentent le regard et font voyager l'imagination encore un peu endormie. Pas une seule fois. Jamais. Tu es toujours loin loin loin de moi. A chaque jour de l'an, quand sonne les douze coups de minuit, je fais le voeux qu'on soit l'année prochaine enfin réuni. Au moins pour ces moments là. En vain. Ma meilleure amie, ma soeur de coeur. Pour elle, j'ai peur. Le 18, une intervention urgente, elle n'a pas eu le temps de se protéger, le sang a jaillit sur ses mains blessées. La victime lui a demandé pardon. Pardon. Pardon. Pardon. Pourquoi pardonner du sang versé ? C'était du sang contaminé. Dans 3mois, on saura, si elle est séropositive. Il est revenu. Lui. Mon meilleur ami. Le hasard du virtuel nous a remis en contact. Celui qui est parti, celui qui m'a promis ne jamais m'abandonner, une éternelle amitié. Mon meilleur ami, l'homme qui m'aura le plus trahi en me laissant du jour au lendemain, sans rien. Tout ça parce qu'il m'aimait. Il a écrit des poèmes sur nous. Ils m'ont déchiré le coeur. Putain. Il écrit si bien. Chaque nuit, je le vois connecté, et il ne reviendra jamais. Il y a cet homme. Il me glace. On est pratiquement pareil sauf qu'il est mon supérieur, sauf qu'il a une façon de parler qui me blesse, sauf qu'il est trop fort pour moi, sauf que je n'arrive pas à le cerner. Je ne l'aime pas et à la fois, je le respecte. Il est correcte, il est bien. Mais je ne l'aime pas. Il appelle sa copine 'ma biche'. Dans sa bouche c'est tellement vulgaire. Je ne supporte pas de rester seule en sa présence. Je me sens mal, petite, vulnérable. Il se permet tout, il peut car il gère. Je redoute à chaque fois que je le vois. Je l'évite autant que je peux mais je n'y arrive pas, je le sens toujours près de moi. En psychanalyse en ce moment, on fait des pas de géant. On parvient à toucher le fond du fond, ça me déchire les entrailles. C'est incroyable de se découvrir aussi à nue. Je me sens à l'état foetal, un oeuf qui contemple ces ancêtres, leur passé, leur amour, leur haine, leur mal-être, tout qu'ils vont me transmettre. J'ai les tripes à vif. Je suis écorchée. Ca fait si mal d'accoucher de soi. J'ai envie de crever dès que je sors de son cabinet. Des envies suicidaires tellement c'est moche, tellement c'est laid, tellement c'est beau d'avoir été un enfant innocent. Je pourrais continuer encore des heures. Ce ne sont que des fragments d'un jour ou deux. Je vis en ce moment. Je vis trop. On ne cesse de me demander inquiet 'ça va ?' Non ça ne va pas, mais ça va. Je garde ces mots pour moi. Il faut rire et dire dans un grand sourire ... ' toi comment ça va ?'
— Ce billet est extrait du Blog de Kiwilie. |
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