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BlogueuZ : Hannah-Lina
Une petite citation :

Now all the criminals in their coats and their ties/ Are free to drink martinis and watch the sun rise.


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Right here, on the road, I'm on today and I get the feeling, I could chase you clean on in the ball.



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A Woman Left Lonely

Discussion
Posté le 02 avril 2007 par Hannah-Lina

Il est ici. Ici à Marrakech. Depuis Samedi après-midi. Je lui ai demandé s’il a prit le même avion que Noémie et P. Visiblement pas. Mercredi, il rentre à Paris. Mercredi, C. vient à Marrakech… Sans le savoir il est une parenthèse, avant l’arrivée de Noémie et P. j’étais trop occupée à vivre mon retour ici, après l’arrivée de C. nous seront trop occupées à organiser nos deux semaines de vacances ensemble. Il veut me voir, me parler, je n’ai pas vraiment envie de le voir, mais mon côté parano-mégalo me persuade que s’il est à Marrakech c’est uniquement pour me voir et me parler. Parce que je ne suis pas inhumaine j’accepte un rendez-vous à la terrasse du Café de France, Dimanche, c'est-à-dire hier après-midi.

Il me demande :

- Alors, depuis combien quand tu es ici ?

- Lundi.

- Bien. Tu sais que je t’ai laissé un message sur ton portable, je t’ai même envoyé un mail.

- C’est une question ou …

- Non je voulais juste que tu sache que contrairement à ce que tu crois je m’inquiète de savoir ce que tu fais, où tu es…

- Bien. Aujourd’hui je t’ai répondu et maintenant nous somme ensemble, donc cette réflexion est inutile.

- Je reste quatre jours. Je suis descendu dans la Médina, tu sais le même Riad que d’habitude.

- Oui, le Riad Isis ? Attend, je veux bien parler de la pluie et du beau temps, de ton hôtel et de je ne sais pas quoi encore… mais je voudrai savoir pourquoi tu veux me parler ?

- Non, mais c’est très simple… j’ai parler avec D. qui m’a dit que tu était à Marrakech, il ne savais pas depuis combien de temps et puisque j’ai quelques journées un peu calmes… j’ai pensé que je pourrais moi aussi venir me reposer ici.

- O.K. mais comme toujours tu t’esquive, tu ne répond pas à ma question, mais c’est pas très important. Et ton livre, il avance bien ?

- Pas mal.

- Tu ne veux pas m’en parler ?

- Si, bien sûr mais il est tellement différent des précédents qu’il me déroute, il m’échappe, me possède, je fini par me battre contre mon livre, c’est inédit chez moi.

- Arrête de transposer ta propre vie dans tes livres.

- Cela veut dire quoi ?

- Si tu écris sur ta vie, surtout celle que tu vis en ce moment, il n’est pas étonnant que l’histoire t’échappe comme dans la vraie vie.

- C’est censsé vouloir dire quoi ?

- Rien, je ne suis pas claire, comme d’habitude, tu sais bien.

Il s’enfonce dans sa chaise, la bascule sur les deux pieds arrière, se balance d’avant en arrière. Et puis il revient vers la table, prend une cigarette, un briquet, allume sa cigarette, et continue son va et vient avec la chaise.

J’enfonce ma casquette sur la tête, me calle au fond de ma chaise, la bascule, et me balance.

Il parle.

- Tu lis quoi en ce moment ? plutôt de auteurs anglo-saxons ou plutôt des francophones ?

- Je préfère les auteurs Français et Russes. Mais Saul Bellow, Miller, Dos Passos, enfin beaucoup…. sont de géniaux auteurs. Si non, en ce moment je lis un livre d’ethnologie sur les indiens Urubus-Kaapor du Brésil.

- Tu lis toujours autant ?

- Non, vraiment pas, j’ai eu mon âge d’or.

- Tu te crois foutue ?

- Pourquoi ?

- Pour rien.

- Pourquoi tu me poses des questions sur ce que je lis, pourquoi tu me demandes si je me crois foutue ? Tu veux quoi, en fait ?

- En fait je me rend compte que je ne te connais pas très bien, donc j’essaye de… d’entrer dans ton monde.

- Mon monde n’est pas très passionnant, et puis si tu penses ne pas me connaître, sache que moi non plus je ne me connais pas. Je suis comme une photo dont je ne connais que le négatif. Seuls les aspect marqués de ma personnalité me sont perceptibles, les nuances m’échappent. Mais peut-être que je suis sans nuances, je suis sans doute un peu brute de décoffrage.

- Arrête tes conneries, tu sombres dans le pathos que tu détestes tant…

- Bien joué…

Il me raconte des anecdotes sur le petit milieu littéraire parisien, il est drôle, comme toujours.

Moi, je ne tiens pas en place, je lui demande s’il ne veut pas sortir, j’ai des courses à faire, dans Ghéliz. Ghéliz c’est le quartier français (pour les français) et les quartier riche (pour les marrakchis). Je n’aime pas beaucoup Ghéliz, il n’y a pas d’âme… Mais là maintenant, j’ai drôlement envie d’y aller, et puis vite, tout de suite.

On sort, en descendent les deux étages du Café de France, les odeurs âcres de cuisine se mêlent à celles sucrés des pâtisseries et puis au rez-de-chaussée la salle est comme toujours très enfumée.

Sur la ¨Place Jemaa El-Fna, la foule nous happe. Je marche vite vers le Club Méd., là-bas il y a toujours des taxis. On entre dans le premier taxi qui nous fait signe.

Je lui dis : « Ghéliz, place du 16 Novembre ».

F. me regarde, il doit penser que je suis dans un état proche de l’hystérie.

- Ghéliz, c’est si urgent que cela ?

- Oui, j’ai des courses à faire, je te l’ai déjà dit.

- Oui j’ai compris…

Tout à coup il se met à chanter. Partenaire particulier. Partenaire particulier cherche partenaire particulière… J’éclate de rire. Il est à totalement dans son interprétation.

- Enfin je réussi un peu à te faire rire.

- Oui et puis ?

- Et puis rien. Mais je suis endurant, tu sais.

Ghéliz.

- Tu dois faire quelles courses ?

- Des gombos….

- Quoi tu viens à Ghéliz pour trouver de gombos ? Tu m’aurais dis un collier chez Cartier, j’aurais compris que tu veuille venir ici, mais des gombos…

- Bon, tu me soûles, là.

- Pourquoi, tu es à cran, toujours prête à bondir, tu feras battre les montagnes. C’est quoi cette violence ?

- Je suis pas violente mais constamment exaspérée, excessive dans mes réactions, je ne sais pas gérer les relations sociales, et là tu débarque, je ne sais même pas ce que tu veux, tu veux me voir pour me dire des banalités, putain, mais pourquoi ici ?

- Attend je veux rien, te voir c’est tout. Mais si cela doit se transformer en tragédie pour toi, je te laisse. Je vais même aller plus loin : j’attends rien de toit ni même de quelqu'un d'autre, merde tu crois quoi, tu crois que je veux quoi, je peux pas juste avoir envie de te voir? A Paris t’es invisible et ici au bord de la crise de nerf. T’es insupportable,et puis vraiment trop conne, tu crois quoi, j’ai pas besoin de toi, merde !

- Quoi, trop conne ? Mais tu sais à qui tu parles. (quelle prétention)

- Oui, à une petite conne de 24 ans qui se prend pour une déesse alors qu’elle n’a encore jamais rien prouvé.

- Ohhhhh ! Vas-y dégage, je veux plus te voir. Bouge, tu m’énerves.

- Non.

- Quoi, non.

- Non je ne bouge pas, en fait, non, je reste avec toi et on va passer une après-midi entre personnes civilisés et de bonne compagnie.

Le spectacle de notre clash à l’air de faire le bonheur des passants, touristes et marrakchis.

- Bon, d’accord, moi, je vais chercher des gombos, tu n’as qu’à venir avec moi.

Je passe devant lui et marche d’un pas très décidé vers la rue piétonne.

Il me suit de loin, je me retourne et je le vois arrêté devant la vitrine d’un luthier traditionnel. Je connais ce magasin, alors qu’on faisait que passer devant la boutique, comme aujourd’hui, mon père est entré et avait offert un guenbri à mon frère.

Je rejoins F.

- Je connais ce magasin, tu veux qu’on y entre ?

- Oui.

Il regarde les instruments posés sur des tapis berbères. Au fond du magasin, il y à l’atelier, exigu et sombre. Le luthier vend lui-même ses créations ou les anciens instruments qu’il restaure. Son travail est connu dans tout le Maghreb et même au-delà, il réalise les instruments des musiciens de l’orchestre royal. Il est très affable, et très prolixe en détails sur ses instruments, leur origine, leurs particularités, le bois dans lequel ils sont taillés… F regarde une kamanja très ancienne.

- Elle est sublime.

- Oui c’est vrai qu’elle est vraiment sublime.

Le luthier nous dit qu’elle date du 18 siècle, c’est une véritable relique. Et le son est très pur, on n’en voit plus des comme ça.

On reste un quart d’heure peut-être une demi-heure dans le magasin et puis on ressort sur la rue piétonne. On est calmes.

Après quelques pas, je fais demi tour et reviens chez le luthier. Je ressors avec la kamanja.

- C’est pour toi.

- Quoi, tu es dingue, elle doit être hors de prix. Non, je n’en veux pas, je vais la rapporter.

- Bon, tout d’abord elle n’était pas si chère que ce que tu peux penser, crois pas que je me serai ruiné pour toi, et puis si tu la rapporte je serai pétrifiée de honte. Donc tu la garde et on va cherche les gombos.

Je crois qu’il ne comprend plus rien. Je m’en fiche pas mal de l’incohérence de mon comportement. Je suis comme cela. Alors s’il est endurant il faut qu’il sache pour quoi il s’épuisera. Parce qu’il s’épuisera. Je ne l’aime pas. Moi, j’aime avec parcimonie. Avec C. c’est différent mais lui n’est pas aussi fou que C. Donc, s’il ne veut pas comprendre qu’il perd sont temps avec moi, je vais joué un peu, c’est plus fort que moi.

Finalement je ne trouve pas les gombos que je veux, on retourne à Jemaa. On se sépare sur la place, il rentre au Riad pour écrire, moi je m’enfonce dans le souk à la recherche des gombos de mes rêves, bien choisir les gombos est tout un art.

Ce matin, Noémie vient me rejoindre sur le toit-terrasse de la maison, elle m’apporte un grand bouquet de Passiflores, une rose rouge en son milieu.

- Tu as reçu un bouquet de fleurs, il vient du Riad Isis. Tu te fais draguer ici ? C’est qui ? Et puis, on t’envoie aussi ce sac.

Elle me tend le sac et redescend avec le bouquet de fleurs. Dans le sac il y des gombos, beaucoup et très beaux, juste parfaits. Et puis une petite boite rouge…

Mais il croit quoi ? Il croit qu’il va pouvoir m’acheter, juste comme cela ?

— Ce billet est extrait du Blog de Hannah-Lina.

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