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Eucalyptus inside
Lettre à Boris Le bus est plein et le soleil cogne. Un couple pépie, jeans et cheveux longs, ils ont quinze, seize ans. Derrière eux, affalée contre la vitre, les paupières mi-closes - la lumière -, je transpose. Si je fronce un instant les sourcils, je peux nous voir côte à côte sur ces sièges. En m'efforçant légèrement je t'observe m'embrasser. Je déplace un peu mes épaules pour revenir à la réalité, ce genre de choses ne mène nulle part. Je t'ai beaucoup croisé en peu de temps et tu es déjà partout. Les gens marchent par deux et ça me fait sourire doucement. J'entre dans un café et je me heurte à toi, soyons surpris-gênés ensemble, je te regarde me regarder et j'attends que tu te reprennes. Euphorie légère. Les jours suivants la pluie est tiède, le vent caressant, les heures courtes. Tu peux te cacher derrière chaque angle de rue, chaque passant. Les hommes sont plus grands, plus épais, plus bruns que tu ne l'es ou bien l'inverse; avec des mains plus fines ce type-là aurait pu être toi, tu imprègnes toute la ville. Tu es susceptible d'apparaître n'importe où n'importe quand alors je guette, je sens que tu seras là, gagné. Lentement j'attends de chaque minute qu'elle révèle ta présence. J'espère que tu seras ici. Perdu. L'air refroidit peu à peu, les signes s'espacent, les étincelles disparaissent. La ville redevient terne et grise, les rues sont désespérément vides de toi. Les autres ne sont pas plus ou moins que tu n'es, juste ils ne sont pas toi. Plus rien ne confirme ton existence, quelque chose se révolte dans ma cage thoracique, désillusion. Quand je réfléchis je laisse passer entre mes lèvres un souffle continu, comme tu le faisais, et puis j'arrête. J'ai construit un grand phare lumineux en attendant que tu t'y installes et je n'ai pas pensé qu'il était trop loin des côtes. — Ce billet est extrait du Blog de super-euca. |
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