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Rollicking
Posté le 22 avril 2008 par JanieJane


Il est des groupes qui suivent la tendance, qui plaisent, certes, même à moi, mais qui ne font décidément preuve que de peu d’originalité et se complaisent dans la facilité de la grande écoute. Puis il y a ceux, avant-gardistes, plus fantasques peut-être, qui font fi du moule et décident de créer un genre novateur, loin de la scène parisienne en vogue. Ce fût le cas lorsque le charismatique compositeur des Malaparts, Hugo Jardin, se rassemble autour des Mantis et des Boxon pour former un nouveau courant connu à présent sous le nom de Rollicking. Un excellent concentré de testostérones pourtant loin du cliché des rustres mégalomanes puisque littéralement, rollicking signifie exubérant ! Quand on décompose ce nom, on pense vaguement à deux colosses du paysage rock’n’roll, d’un côté le sex appeal de nos papys à la langue tirée, de l’autre la quintessence de la guitare du  gominé qui se déhanchait comme un diable…

Mais assez de théorie, en pratique il est plus étonnant encore de se confronter à ces mômes de Paname hors du commun. Et quelle meilleure preuve que leur tout premier concert, tenu en bonne et due forme le vendredi 22 février dans la petite salle de l’Espace B. Une première modeste, dans une salle qui ne paie pas de mine, mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Nos mâles à part et leurs acolytes ont prévu de nous faire vibrer ce soir, et ce sera promesse tenue. J’aurais aimé à dire « et le meilleur pour la fin », mais les premiers à se jeter à l’eau furent les Mantis. Pourquoi le meilleur ? Avant ce soir je n’avais aucune idée de l’identité de ce duo sulfureux hormis leur place privilégiée dans bon nombre de top friends Myspace, et tant mieux, si j’ose dire, car je n’y aurais peut être pas prêté plus attention que ça, mais je découvrais ce soir Emi, le batteur blond, et Santi le guitariste et chanteur brun. Les Mantis sur scène m’ont fait l’effet d’une bombe, tout d’abord leur symbiose parfaite, et leur jeu de scène à couper le souffle (parenthèse d’une modeuse : la tenue bel hidalgo de Santi, sa boucle d’oreille et son rouge à lèvres, et l’allure plus folk d’Emi avec son gilet de renard sur une chemisette déboutonnée n’étaient pas sans émoustiller mes yeux experts), le tout porté par des riffs détonnants et une batterie qui m’a rappelé qu’il existe bel et bien une différence entre batteur et boîte à rythme. Eh puis il y a la voix, ou plutôt les voix, l’union du lead presque hystérique qui frôlait parfois un accent Scottish des plus sexy, et les chœurs cristallins de celui qui assurait aussi un set de batterie d’une perfection rare. Les morceaux s’enchaînent, et les bras m’en tombent. Enfin le clou du spectacle, la cerise sur le gâteau (et le moment que nous attendions tous plus ou moins), leur tube clé qui met le feu aux foules Where are you my Generation, entonné par la salle entière pendant plus de 7 minutes… Une tuerie, et peut être un clin d’œil aux Mods et leur légendaire My Generation des Who, toujours est-il que le succès est franc et les oreilles comblées.

Pause cigarette (stupide loi, je t’aurai). D’après une tactique scabreuse émise par Alexandre, guitariste héroïnomane qui n’a jamais touché à la dope (dixit Hugo J.), les Malaparts prennent la scène d’assaut pour livrer un set énervé et puissant tels des maîtres régnant sur leur public (c’est qu’ils connaissent la technique du coup d’état sur le bout des doigts… ). Et je fais partie du quatuor (qui n’en est plus un, pour le coup). Pourvue d’un tambourin je me démène pour tenir un rythme parfait et réaliser quelques effets stylistiques sur les conseils de mon homme mais aussi inspirés de mon maître incontesté, la Reine du glam - qui en posa d’ailleurs les fondements, certitude que je garde envers et contre tout. Je m’en sors avec moult ampoules et bleus, mais satisfaite car selon le public et les Malaparts eux-mêmes je fus divine (au moins autant que l’égérie des Dandy Warhols). Quant à mes républicains en Perfecto, je leur trouve une virilité certaine. Même le séant duveteux d’Alexandre est propice à l’attirance ce soir, à en croire les groupies… La sueur émane, les yeux flamboient, les gorges se démènent, les corps se déchaînent,  l’empire Malapartiste est à son apogée tandis que je me fraie un passage dans les méandres des jacks. Mais me voilà soudain propulsée sous les projos exactement, pour ma chanson éponyme dont les paroles me qualifient tout à fait (le génie d’Hugo). Mais loin de me décontenancer, je tambourine de plus belle, notre jeu polisson en irrite plus d’une mais qu’importe, nous poussons l’indécence jusqu’à leur offrir une scène de galoche des plus impudiques (qui ne sera malheureusement pas immortalisée… ). Les pogos s’enchaînent, le public remue et braille en cadence, la salle approuve, et je crois même qu’Alexandre fait s’effondrer le faux plafond par ses coups de boots acharnés, coup de maître.

Pause cigarette (décidément !). Debriefing entre Malaparts et intimes, quand tout à coup (d’état ?) n’ayant pas vu l’heure filer nous nous rendons compte que nous sommes en train de rater la troisième et ultime (du moins, ce qui aurait dû l’être) partie du concert. Juste le temps de courir rejoindre  l’antre des mâles émeutiers et nous voilà de retour dans ce qui pourrait être la fosse, et l’effervescence de reprendre de plus belle. On peut dire que les Boxon n’ont rien à envier à la nouvelle scène parisienne : loin de la panoplie slim/veston/zizis de rigueur dans le milieu, eux ont choisi l’allure follement vintage des plus grands des années ’80. On assiste à un revival du pantalon forme 501, des mocassins, Doc Marteens, veste d’aviateur, bandana à imprimé cachemire, et la coupe Indochine de Valentin qui donne une allure décidément New Wave au groupe. Leur jeu d’enfants terribles rend les filles folles et les garçons turbulents, leurs paroles en français insufflent un élan de frénésie chez le public parisien qui s’encanaille et se reconnaît en des chansons telles que Tu Es Impossible ou Dis Moi, mais redouble d’ardeur lorsque le quartette reprend l’effronté Et Moi, Et Moi, Et Moi du Dandy de la chanson française, harmonica et tambourin à l’appui (avec l’aide d’un Canard !). Puis soudain, comme une nuée de guêpes la foule en délire rejoint la scène dans une cohue indéfinissable, Mantis, Malaparts, Boxon, Ducks, et d’autres encore que je ne saurais citer, tous reprennent en cœur le fameux Generation dans un tintamarre orgasmique où le Rollicking n’a plus formé qu’une seule entité joyeuse et turbulente. Et le concert de se terminer progressivement dans une orgie de voix et instruments, sûrement portée par quelques grammes d’alcools mais surgissant comme un coup d’éclat (pour changer) d’une joyeuseté franche, et même si le public était en nombre restreint ce soir, il fut certainement le vecteur de l’ambiance électrique qui régna tout au long de la partie. Pourvu que la Rollicking Experience remette le couvert sous peu !

 

 

J. 08/03/2008

 


— Ce billet est extrait du Blog de JanieJane.

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