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BlogueuZ : Hannah-Lina
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A Woman Left Lonely

T'ai suivi - Cette foule - Me suis frôlée - Cette solitude - Hésitante - Me reconnaître
Posté le 24 mai 2007 par Hannah-Lina

S’ils peuvent prouver qu’un acte est détestable par le mal qu’il fait, moi seul puis décider, par le chant qu’il soulève en moi, de sa beauté, de son élégance ; moi seul puis le refuser ou l’accepter. J. Genet

HOTEL LAKE SIDE, chambre 13. Héroïne. J’avance dans l’obscurité avec la perspective confuse d’une mise à mal de l’existence par l’excès. La conscience des possibles extrêmes de la vie passe pour moi par une transgression douloureuse et la nécessité de témoigner la contrainte d’épreuves réelles. A.

Hebergeur d

Je crois que la planche-contact est bonne, le matériau prend forme sous mon regard gêné. Etre avec toi, dans ton laboratoire, je l’ai toujours voulu ; face à mon image entrevue dans le bain du révélateur, épreuve tenue au bout d’une pince entre pouce et indexe, reflet dans une vitre sale posée à l’extrémité d’un autre bain dans lequel je lavais mon corps de Nous ; je ne l‘avais pas prévu. Et puisque pour faire partie de ta vie il me fallait abandonner une image, puis deux, puis cents sans jamais être certaine d’avoir en retour ce à quoi je tenais plus que tout. Condamnée à suivre tes errements nocturnes ; sans que tu ai eût besoin de me le dire je savais que très rapidement ma vie se résumerai aux lignes de fuites désaxées de tes terreurs originelles. Plus que toi, sans doute, j’ai failli être la prisonnière de ce désir d’expérimenter la vérité jusqu’à m’y déchirer chaque nuit d’avantage. Tu voulais que je réussisse à ne plus vouloir ni pouvoir maîtriser mon image ; être naturelle, telle que tu me voyais, mais tu savais que le désir de contrôler son apparence et le plaisir du paraître sont les choses les plus naturelles chez les êtres humains. Aller contre soi, contre nos natures, pour appréhender la Vérité crue qui a toujours besoin d’un travail technique, d’un raisonnement initial, pour se dévoiler.

Des corps disloqués, effacés, des cris aphones, des couleurs pesantes jaillissant de l’éphémère d’une rencontre où les frontières charnelles n’ont plus lieu d’être, jamais abolies puisque jamais existantes. Se jeter dans le vide d’une âme pour abolir l’Univers, car la Vérité ne s’encombre pas d’espaces mêmes infinis. Chercher à exister dans l’ailleurs de ton non-être. Comment pourrai-tu échapper à tes obsessions et te rendre enfin libre d’apparaître au monde tel que tu veux qu’apparaissent les sujets de tes multiples expériences, comment vouloir faire du spectateur un acteur à part entière et non un vulgaire voyeur alors que toi-même te met en scène devant l’objectif comme pour t’effacer dans l’acte vécu ? Chercher à deviner, ce qui de toi à moi, la solitude d’un destin échappe à la complaisance hypocrite des photos de familles…

Le désir, sans cesse inassouvi, du corps à corps soumis aux chambres claustrophobes de lieux obscurs et puants. L’inutile recherche de la beauté plastique alors même que la grâce hurle sa terreur aux yeux de ceux qui savent reconnaître sa force prédatrice car malgré tes postures, tu recherches la grâce inconstante de toutes choses mortelles. Jamais l’esthétisme n’aura été un de tes travers, le jeux des apparences te fait fuir, te fait peur, t’annule et te désarme puisqu’il révèle ton incapacité à travestir ton regards taillé dans un diamant obscur. Les perspectives témoignent de tes abandons, de leurs abandons ; les images fondues laissent entrevoir la force du désir sexuel mêlé au besoin automatique de le figer à jamais dans la posture la plus pure car l’Instant guide chaque déclanchement de ton appareil laissant échapper à l’unisson du bruit mécanique les multiples spasmes d’une convulsion orgasmique.

Isolés comme lorsque nous parlions de Gombrowicz, Bataille, Débord, Artaud et Genet en surimpression d’Insomnia, Stigma, Vortex, Mala Noche et Autoportraits. L’image comme procédé littéraire, éloigner l’individu et les esprits de tout ce qui les raccrochent à leurs conditions factuelles.

Nos (d)ébats autour de Madame Edwarda me reviennent sans cesse en mémoire. Souvent, je crains, que certains mots n’aient en moi, et à jamais, la signification que tu as décrypté lors de ces quelques nuits passées en communs dans ton appartement ou dans les chambres d’hôtels de passe(-temps). Eprouver ensemble pour que je ne sois plus la doublure d’un film si souvent visionné, apprendre à tenir le moment présent entre ses deux mains, le serrer jusqu’à l’effriter, jusqu’à le faire devenir poussière puis le laisser s’échapper au vent du médiocre quotidien. Quand l’architecture des villes trop connues broie nos corps, nous atomisant en conscience infertile et amorphe, je sais désormais que la fuite est possible, toucher des corps inconnus, dans des ailleurs indifférents où je pourrai à défaut de vivre sauver en moi l’humanité qui s’y échappe.

Et puis ces images d’Oswiecim qui m’ont profondément bouleversées allant jusqu’à hurler de douleur dans tes bras. Dans l’étreinte, tu m’as dis que ce travail était destinée à reconstruire et à se libérer de l’indicible tout en conservant la conscience vivace des choses.

Réapparaît à moi, après que trois années se soient écoulées. Sans doute as-tu fais le calcul de mon âge à présent. Je n’ai plus 20 ans, et le mystère des jeunes filles a depuis longtemps quitté mes attitudes, mes traits, mon corps. Un homme perdu qui me disait que j’étais une enfant sauvage qui a trop besoin d’attention, protection, tu as même osé dire amour, tout le contraire de ce que tu te croyais capable d’offrir à quelqu’un. Faire une mise au point sur l’état de nos vies. Ta vie que j’épiais au travers de tes expositions, de nos liens humains qui toujours, et avec beaucoup de pudeur, m’ont amarrés à toi. De moi, tu as sans doute tout oublier ; seuls nos liens humains t’ont permis d’appeler dans ta mémoire ces deux mois en commun. Je crois que cet appel sur mon téléphone portable, et alors que je suis à Budapest, est le fait du travail de persuasion acharné de F.

Hebergeur d

De moi à toi, je n’ai pu me débarrasser de l’aspect velléitaire de mon être ; De toi à moi je n’ai pu m’exciser de la cicatrice que notre rencontre a gravée dans mes chairs ; Entre Nous soit dit je sais maintenant que le chaos de ton corps résonnera dans le mien pour toujours ne cessant son vacarme qu’après ma mort. Je me (re)connais à présent, et sans doute que la promiscuité de ta vision me maintiendra hors des eaux troubles et croupissantes de l’abîme de tes expériences.

Hebergeur d

— Ce billet est extrait du Blog de Hannah-Lina.

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