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BlogueuZ : Hannah-Lina Une petite citation : Now all the criminals in their coats and their ties/ Are free to drink martinis and watch the sun rise. De quoi parle ce blog ? Right here, on the road, I'm on today and I get the feeling, I could chase you clean on in the ball. › L'ajouter à tes › Les favoris de Hannah-Lina › Petoncule › ~Leev~ › I-Love-You › Elea21 Catégories › Sans catégorie (32) Archives mensuelles › Archives complètes › Juin 2007 › Mai 2007 › Avril 2007 › Mars 2007 |
A Woman Left Lonely
Trick or Treat ? Un Sort ou une Friandise ? Nous sommes tous sourds, et nous travaillons à le devenir chaque jour de manière un peu plus irréversible. C’est une condition indispensable pour nous débarrasser enfin des derniers fondements de notre ancienne civilisation, en terminer avec le concept de l’Individu rationnel, du Sujet maître de soi comme du monde, et nous éclater à perpétuité dans la communion, l’engloutissement, le présent perpétuel, la fusion cosmique infantile avec le Tout naturel. En un mot il s’agit, et le plus vite possible, de ne plus rien comprendre à rien, et d’en être non seulement soulagé mais fiers. Nous possédons bien des armes pour surveiller, et, au besoin, déloger ce qui ne nous plaît pas. Nous avons un arsenal de détection extrêmement sophistiqué et toujours renouvelé, qui va de ces fameux UGS (Unattended Ground Sensors) capables de détecter de la vie sous des dizaines de mètres de rochers, jusqu’à ces innombrables capteurs ou microprocesseurs glissés maintenant partout, à la demande ou non, et grâce auxquels la vielle notion de mythologie de destin se trouve remplacée par celle, bien moins vaine, de traçabilité. Mais notre plus belle réussite vient encore de ce que nous avons obtenu de nos populations qu’elles désirent ce que, dans ce domaine comme dans d’autres, elles subissent. Dans la post-existence qui est la nôtre, et à laquelle nous ne renoncerons pour rien au monde, mais que vous tentez de perturber sous des prétextes plus aberrants les uns que les autres (l’hyperpuissance de l’Amérique, le conflit Nord-Sud, le temps qu’il fait, l’hiver ou l’été qui vient, la barbe du capitaine), nous ne nous rassemblons plus, nous autres Occidentaux, que pour célébrer l’impossibilité de parler. Autant dire que c’est contre le propre de l’homme que nous avons engagé la lutte finale. Vous ne faites rien d’autre, le 11 septembre 2001 comme le 11 mars 2005 et le 11 avril 2007, que d’interrompre avec une violence inexcusable ces réjouissances essentielles autant que routinières. Pour dire la vérité, vous nous avez dérangés. Convenez, au moins, que nous n’en soyons pas ravis. A trop croire à notre pouvoir, vous avez fini par vous convaincre que nous existions. Vous éclairez vos lanternes avec nos vessies. Nous autres Occidentaux aimons dormir debout : c’est notre façon d’être éveillés. Votre monstruosité, le 11 septembre 2001, nous a surpris. Elle nous a même stupéfiés à un point tel que nous avons d’abord eu l’impression que vous débarquiez de beaucoup plus loin que le système solaire. Nous n’oublierons jamais qu’après le 11 septembre notre Techno Parade dut être supprimée, de même que nos merveilleuses Journées du Patrimoine. Et que dire des si graves problèmes du secteur du tourisme, de la baisse des ventes de voyages, des annulations qui se sont brusquement mises à pleuvoir, à cause de vous, chez nos amis les tour-opérateurs, des cracks boursiers. Que dire des bateaux-mouches qui ne faisaient plus le plein et des cars d’excursions Cityrama qui tournaient à vide. Que dire de ces dommages collatéraux du terrorisme ? Vous ne respectez décidément pas la Joie, et cela est révoltant. Il va falloir que vous changiez et que vous compreniez, une fois pour toutes, que la Joie totale est totalitaire et exige le respect. Nous sommes innocents, dramatiquement innocents. L’innocence entraîne l’incapacité de comprendre pourquoi l’ennemi vous en veut à ce point, et surtout pourquoi il attaque avec une telle cruauté. Comment peut-on nous faire ça ? se sont ainsi demandé les Américains et le Monde entier à l’unisson. Un peu plus tard, sur le murs de New-York, on a vu apparaître une inscription que n’importe qui d’entre nous, aurait pu contresigner : Si Dieu aime l’Amérique, qui peut tant nous haïr ? Oui qui le peut ? Personne. Et c’est pourquoi votre irruption a d’abord semblé impensable, et même presque surnaturelle, dans la douceur new-yorkaise où le ciel était d’un bleu si parfait chargé du souvenir de l’été encore proche, et où le soleil tiède faisait pétiller la baie. Tellement impensable, tellement surnaturelle que de nombreux témoins, au moment du double abordage, et plutôt que de cauchemar, ont parlé d’une sensation de rêve. La douceur même de ce matin-là enveloppait d’innocence l’Amérique et son mode de vie non contradictoire, qui est aussi une forme d’onirisme. Devant ces immeubles plus lumineux que le ciel, des gens se jetaient dans le vide, devant ces populations soudain couvertes de poussière qui erraient dans les rues ou qui tombaient à genoux en sanglotant, tous ont parlé d’horreur, certes, mais ils ont aussi parlé d’irréalité. Ariane, une amie new-yorkaise, architecte à Broadway, sortait du métro à Soho alors que la tour sud était en train de s’effondrer, la première chose qu’elle m’a dite c’était qu’elle croyait à une blague. Nous sommes à la fois individualistes et incapables de vivre en dehors des communautés, tribus, familles de sang ou d’esprit. Personne n’est en mesure, dans notre monde qui sera bientôt le vôtre, et qui l’est déjà en un sens, de se séparer de personne. Vous avez votre oumma, votre collectivité mystique qui épate tant nos chroniqueurs, habitués à ce qu’on se lève davantage pour Danone que pour Allah, nous avons notre profonde certitude en notre commune supériorité à l’exception de toutes les autres.Notre remarquable G.-W. Bush n’avait-il pas lui-même parlé, dans l’une de ses premières allocutions, d’ « un combat du Bien contre le Mal » ? Et n’est-ce pas ce combat que nos supplétifs idéologiques livrent depuis des années à n’importe quel propos, sous n’importe quel prétexte ? Qui n’est pas avec nous est contre nous, ont dit les Américains. Il ne saurait y avoir de troisième terme. Nihil est tertium, ainsi que s’exprimait Cicéron. On pourrait être plus précis : toute velléité de tertium est criminelle. Un mondo diverso è possibile, comme le clamaient les manifestants de Gênes. Vous voulez triompher de nous mais sachez que nous serons nous-même nos plus grands fossoyeurs, sans vous nous réussirons à anéantir notre Histoire, en oubliant notre passé, en massacrant le présent tout en ayant une fabuleuse espérance en l’avenir, le Bonheur est à portée de main, parce que nous voulons être heureux, Que du bonheur, Que du bonheur… partout et tout le temps, les grincheux nous dépriment, nous fatiguent. Nous voulons du Bonheur, que du Bonheur et pour cela nous avons compris que nous devons rester sourds, désespérément sourds.
— Ce billet est extrait du Blog de Hannah-Lina. |
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