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BlogueuZ : Hannah-Lina
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Now all the criminals in their coats and their ties/ Are free to drink martinis and watch the sun rise.


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A Woman Left Lonely

True friendship can afford true knowledge. It does not depend on darkness and ignorance.
Posté le 11 avril 2007 par Hannah-Lina

Henry David Thoreau, il a, bien sûr, beaucoup écrit et théorisé la désobéissance civile mais pas seulement… Il est aussi celui qui aimait (d)écrire l’amitié, l’amour, le bonheur d’être en vie et de sentir son souffle cadencé les secondes, Thoreau, loin d’être abscond, est celui qui parce qu’il aimait la vie, le monde, son pays, les US, forma une pensée radicale, ascétique parfois excessive voir même violente. J’aime sa radicalité, son intransigeance, ses phrases simples (que la simplicité est difficile dans l’écriture), il claque fort, sa lecture influence la vie de celui qui la pratique, ce fut mon cas.

Bien que Thoreau soit, pour moi, un sujet de réflexion et d’échanges très passionnant, je voudrai aborder, par son biais et par sa conception de l’amitié, la description de mes deux amies : Noémie et Nancy. Sans faire un quelconque panégyrique, cela n’aurait que très peu de sens et ne leurs plairait pas beaucoup. Les décrire dans leurs absolu, leurs travers, ceux qui me choquent, me gênent ou m’amusent, décrire leurs légèreté à vivre une vie qui pour être facile les éclabousse aussi, parfois.

Noèmie est aussi blonde que Nancy est brune, l’une a une beauté diaphane, l’autre intense.

J’ai rencontré Noémie en première année à Sciences-Po, je courrais dans les couloirs de l’école pour rejoindre un cours de Macroéconomie, j’avais du retard et cet état me rend toujours fébrile. Elle était dans la même section que moi, et nous nous croisions souvent dans les amphithéâtres ou les T.D. parfois même à la bibliothèque. Ce jour-là elle était assise au bord d’une fenêtre ouverte sur la cour et le soleil automnal, elle était concentrée sur l’écran de son ordinateur portable posé sur ses jambes croisés, le buste droit, son regard polaire semblait brûler l’écran plasma. Je lui ai demandé si elle ne venait pas assisté au cours de Macroéconomie, elle a levé les yeux de l’ordinateur, m’a regardé et m’a répondu qu’elle m’attendait, elle ne m’a pas vu dans l’amphithéâtre et sachant que je ne ratte jamais un cours elle supposait que j’avais du retard, donc elle attendait mon arrivée. J’ai été un peu déstabilisée, à peine mais suffisamment pour rire un peu bêtement. Nous sommes entré ensemble dans l’amphithéâtre et depuis ce jour nous ne nous somme plus quittés.

Noémie est souveraine, reine, aérienne parfois hautaine voir même vilaine, toujours lointaine, Noémie est belle, ses cheveux sont blonds, droits, mi-longs, son visage allongé est souligné en pointillé par de multiples tâches de rousseur, ses yeux sont bleus très clairs, sa taille fine, élancée, sans être grande elle marche comme si le monde était tellement plus bas qu’elle, elle a de l’allure et quelle allure…. Elle est née à Paris dans une famille bourgeoise, très bourgeoise, auréolée d’un nom à double particule, ses ancêtres ont fait la Révolution française, se sont fourvoyés avant de rejoindre Napoléon, ils ont connus des revers de fortune puis se sont rétablis avec encore plus de prestige. Mais Noémie, se fout de tout cela, si elle connaît parfaitement l’Histoire de sa famille c’est pour mieux s’en détaché. Elle est moderne, elle ne vit pas dans la gloire du passé même si elle sait, aussi, reconnaître que sa famille et son milieu social lui ont apporté, outre une aisance financière, beaucoup de d’assurance et de facilités à évoluer dans la société, une certaine culture. La distinction, elle la porte sur elle, le signe de Caïn, celui qui fait que les gens d’exception sont toujours maltraités dans l’Histoire, la littérature, la vie pour le dire plus prosaïquement. Elle était crainte, pour beaucoup elle incarnait trop l’archétype de ceux qui fréquentent Sciences-Po, elle jouait jusqu’à l’absurde le rôle de celle à qui tout réussi, elle est comme cela, Noémie, elle joue, elle se joue de tous, elle intimide et pousse tous ceux qui l’abordent a réfléchir à chaque mots qu’ils prononcent, elle sait reconnaître la médiocrité qui la rend toujours impitoyable. Lorsque nous nous somme connus et fréquentées elle m’a apprit que j’avais déjà la réputation d’être une fille un peu âpre, cinglante, solitaire et très atypique. Avec mon allure de garçonne je n’ai besoin de personne (en Harley Davidson, son, son), elle était intriguée, et puisque le trait principal de son caractère n’est pas la timidité elle m’a abordé, d’une façon amusante, percutante, étrange. Noémie a des frères et puis de sœurs, ils sont tous ses aînés. Ses parents ne l’envisageaient pas ou plus, elle n’était pas attendue, coup de théâtre Noémie. Elle sait qu’elle est un accident, Noémie. Accident n.m.- 1175 ; du latin accidens, de accidere « survenir ». Événement fortuit, imprévisible (dixit le Petit Larousse). C’est bien son genre à Noémie Coup de Théâtre, elle survient, elle prend sa place, parce qu’elle dit toujours que partout dans le Monde il y a un place qui lui est réservée, Noémie est d’ici et d’ailleurs. Toujours en retenue et nuances, elle fronce très légèrement les sourcils lorsqu’elle réfléchit et lorsqu’elle n’est pas d’accord avec quelqu’un elle dit « ton opinion n’est pas la mienne mais je peux l’admettre sans l’intégrer, je préfère toujours me confronter à des idées que je ne partage pas, de cette façon je reste sur le qui-vive ». Le qui-vive, elle est toujours sur la corde raide, funambule, je sais que souvent ses éclats de rire cachent une flétrissure, ses regards masquent le désir fou d’être aimée. « Je n’ai pas choisit ma famille, pas choisit mon monde, pas choisit mon nom, pas choisit mon corps, pas choisit mes mots, je n’ai même pas choisit mes mots, ceux qui me viennent naturellement… Mais je veux être aimée et libre, je veux être libre », je lis cela dans ses regards. Je m’enorgueillis, souvent, lorsque elle dit que c’est grâce à notre synergie que ses années à Sciences-Po ont été belles, légères, réussies. Je sais que bien souvent elle m’a rattrapée au vol avant la chute, l’air de rien et très bien… mon moral n’est pas aussi régulier que le sien. Bien plus tard elle et Nancy n’ont sauvé, physiquement, au bord de l’abîme toutes deux m’ont retenue, à coup de claques, de cris et de pleurs. Noémie est courageuse, vaillante, un petit soldat de verre, lorsque j’ai démissionné d’un poste que je n’occupais que depuis quelques mois, un poste de prestige, fort bien rémunéré, un poste pour lequel j’étai sensées être faite, comme si ma vie ne se résumait qu’à me poser chaque matin à ce bureau au milieu de cette salle entre tous ces élus… foutaises, elle m’a soutenue, tellement fort, elle qui connaît les sacrifices de 7 années d’études, elle qui connaît la volonté que j’ai déployé pour réussir toutes les étapes de ce jeux de dupes, être toujours « dans la botte » celle des 5 premiers partout. Beaucoup n’ont pas compris alors que je m’épuisais à leurs expliquer le malaise que je ressentais en travaillant là-bas, elle a tout compris sans que j’ai eu besoin de prononcer un mot. Vivre légèrement, aimer innocemment parfois cruellement, partir doucement, ne rien voir venir et laisser la vie te surprendre, c’est Noémie Coup de Théâtre.

Nancy, c’est tout un poème, un poème lyrique, bien sûr. Nancy, moi et mon double. Nancy, Comediante, Tragediante. Nancy est sublime, elle aussi, sa beauté est fatale, évidente. Elle a les cheveux noirs, épais, droits et longs, un nez droit et fin, de grands yeux noirs en amande. A peine plus petite de taille que moi, elle a une démarche légèrement chaloupée, elle a la sensualité orientale du sang qui coule dans ses veines, une odalisque légère qui aime être admirée mais qui toujours se sent comme encombrée par son apparence, son visage qui fait se retourner les femmes et les hommes. Si j’insiste sur sa beauté physique c’est parce que celle-ci lui joue des tours, l’empêche tout en l’accomplissant. Nancy est brillante, c’est une littéraire, une sensible pour reprendre le cliché que l’on attribue trop souvent aux gens qui aiment l’introspection, l’écriture, la contemplation. Elle est née, comme moi, en Roumanie, à Bucarest. Sa mère est d’une famille juive roumaine, son père est libanais, Nancy, moi et mon double. Ses deux parents sont médecins, ils ont connus mes parents à la Faculté de Médecine de Buscarest dans les années 1974-1980, moi et mon double. Nancy a un frère plus jeune, un peu adolescent un peu adulte. Nancy ne s’est pas toujours appelée Nancy, lorsque qu’elle est venue en France avec sa mère avant la naissance de son frère, ils ont vécu dans la ville de Nancy, toute la petite famille a obtenu la nationalité française à Nancy et sa mère a trouvé malin de changer son joli prénom roumain et d’inscrire sur sa carte d’identité française un prénom qui faisait d’avantage couleur locale, bien que Nancy ne soit pas foncièrement un prénom particulièrement français. Elle s’appelle Nancy comme la ville alsacienne, et lorsqu’elle raconte cette anecdote elle rit toujours, comme si le burlesque de ce changement de prénom et du manque d’imagination de sa mère allait marquer sa vie d’un sceau tragi-comique. Son vrai prénom, celui de sa naissance, le prénom roumain, celui qui pour sa mère était peut-être trop encombrant en France, ce prénom je l’aime et souvent je l’emploi lorsqu’elle a le vague-à-l’âme, ce prénom est Crîngutza (petite branche, en roumain), c’est vrai qu’elle est comme une petite branche, elle ne touche pas souvent la terre, elle aussi est d’ailleurs, unique. Sa mère est psychiatre, un peu rigide, elle a tendance à voir chez Nancy tous les symptômes des pathologies psychiatriques… Sa mère la trouve belle, mais oui, elle lui dit « que tu es belle ma fille », Nancy comprend « que tu es belle, ma création ». Elle se sent restreinte par sa mère qui la cantonne à un rôle de plante verte, qui ne cesse de critiquer ses réussites universitaires, elle critique même le fait qu’elle ne soit qu’en Agrégation de Lettre classiques à l’E.N.S. !!! Elle a été élevée dans la méfiance des gens, des hommes surtout qui sont pour sa mère la dernière race après les crapauds, elle a été élevée dans l’idée que les femmes seront toujours jalouses d’elle et les hommes toujours des prédateurs… Nancy pétille et lorsqu’elle sent venir de sombres augures, elle rit. Ses malheurs lorsqu’ils sont dits par ses mots paraissent être aussi amusants qu’un film de Charlie Chaplin, amusant et amer. Elle a un don incroyable pour raconter les petites embûches et les grands désarrois de sa vie quotidienne, elle sait à l’occasion se mettre en scène : « Attendez, je vais vous faire il professore qui s’énerve face à notre groupe, qui ménace, vocifère. Attendez, je vais vous faire ma mère qui m’indique la sortie de sa noble demeure”. Elle est drôle, elle aurait pu facilement être actrice mais chez elle l’humour est un analgésique. Je me souviens, il y a moins d’un an, le Liban, le pays de son père était à feu et à sang, nous avons veillés ensemble devant la télévisions, dans les aéroports, pendues au téléphonne, nous avons pleuré. Nous sommes dechirées, toutes deux juives et arabes à la fois, cela marque un cractère. Tragediante, Comediante, sans elle ma vie serait incontestablement beaucoup moins belle, elle me fait prendre la mesure du dérisoire de nos vie, parfois son desechantement céde le pas à une pointe de cynisme, chez elle le cynisme est toujours le réflét d’un depassement de sens, le climax d’un état de choses ultra-violent. Nancy pluere sur la saloperie de notre époque, la putasserie des gens, Nancy rit des coquelicots délicats qui feurisent dans le Jardin de Plantes à Paris. Je l’aime vraiment cette fille-là, c’est une chic-fille, qui sait aussi tuer d’un regard ou d’un mot, elle aime martyriser les garçons qui osent l’approcher, en amour elle a une fidélité multiple mais en amitié elle est exclusive, généreuse, humble. Nancy est humble, elle croit souvent faire des erreurs, elle me demande ce que j’aurais fait dans telle ou telle situation, elle aime confronter sa vie à mes réactions ou à celles de Noémie. Elle érige de nombreuses construction metales, elle aime anticiper, ne jamais se laisser ratrapée par un détail omis, caché derrière des évidences imposantes, elle est perfectioniste. Nancy donne tout ce qu’elle a lorsque le malheur croise son chemin. Un jour, alors que nous étions dans la station de métro Saint-Gérmain-des-Prés à la fin d’une journnée éffrénnée de shopping (exceptionnelles chez nous) nous nous sommes aperçus qu’il y avait-là un groupe de jeunes roumains, qui parlaient fort et semblaient attendre quelque chose, Nancy m’a dit que ces enfants mériteraient d’aller à l’école parce qu’ils ne sont pas idiots, elle soufrait de leurs situation, en montant dans le métro elle s’est appérçu que le billet de cinquante euros, qu’elle avait dans une poche arrière de son jean, avait disparu, elle l’y avait mit avant de descendre les escaliers de la satation de métro, je lui ai dit que, sans doute, lorsque nous avons achétés les tickets au distributeur et que le groupe de jeunes s’est collé à nous l’un de ces jeunes le lui a subtilisé. Elle a protester, en me disant qu’elle est tête-en-l’air et qu’il est tombé “tout seul” de sa poche, mea culpa, mea maxima culpa. Elle est de ceux qui préférent s’accuser de tous les maux plutôt que de dénoncer ses semblables, même vis-à-vis de moi, elle n’est pas naive et encore mois idiote, elle est droite comme une petite branche qui sait que sans les autres petites branches elle n’est rien, il faut beaucoup de petites branches pour faires un bel arbre. Hey, hey, hey, Nancy, tu n’est pas née dans le Wiscontin ou le New-Hampshire mais à Bucarest et si tu t’appelle Nancy c’est par souci d’intégration en France. Sans tes éclats de rire, tes petites regression enfantiles, ta gourmandise que nous partagons avec Noémie, sans ta loufoquerie, je crois que je ne serais pas aussi équilbrée, ma foi en l’être humain est très limitée mais tu sais nous faire entendre le son de l’insoucience.


— Ce billet est extrait du Blog de Hannah-Lina.

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