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BlogueuZ : Hannah-Lina
Une petite citation :

Now all the criminals in their coats and their ties/ Are free to drink martinis and watch the sun rise.


De quoi parle ce blog ?

Right here, on the road, I'm on today and I get the feeling, I could chase you clean on in the ball.



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A Woman Left Lonely
Trick or Treat ?
Posté le 13 avril 2007 @ 15:07

Un Sort ou une Friandise ?

Nous sommes tous sourds, et nous travaillons à le devenir chaque jour de manière un peu plus irréversible.

C’est une condition indispensable pour nous débarrasser enfin des derniers fondements de notre ancienne civilisation, en terminer avec le concept de l’Individu rationnel, du Sujet maître de soi comme du monde, et nous éclater à perpétuité dans la communion, l’engloutissement, le présent perpétuel, la fusion cosmique infantile avec le Tout naturel.

En un mot il s’agit, et le plus vite possible, de ne plus rien comprendre à rien, et d’en être non seulement soulagé mais fiers.

Nous possédons bien des armes pour surveiller, et, au besoin, déloger ce qui ne nous plaît pas. Nous avons un arsenal de détection extrêmement sophistiqué et toujours renouvelé, qui va de ces fameux UGS (Unattended Ground Sensors) capables de détecter de la vie sous des dizaines de mètres de rochers, jusqu’à ces innombrables capteurs ou microprocesseurs glissés maintenant partout, à la demande ou non, et grâce auxquels la vielle notion de mythologie de destin se trouve remplacée par celle, bien moins vaine, de traçabilité. Mais notre plus belle réussite vient encore de ce que nous avons obtenu de nos populations qu’elles désirent ce que, dans ce domaine comme dans d’autres, elles subissent.

Dans la post-existence qui est la nôtre, et à laquelle nous ne renoncerons pour rien au monde, mais que vous tentez de perturber sous des prétextes plus aberrants les uns que les autres (l’hyperpuissance de l’Amérique, le conflit Nord-Sud, le temps qu’il fait, l’hiver ou l’été qui vient, la barbe du capitaine), nous ne nous rassemblons plus, nous autres Occidentaux, que pour célébrer l’impossibilité de parler. Autant dire que c’est contre le propre de l’homme que nous avons engagé la lutte finale. Vous ne faites rien d’autre, le 11 septembre 2001 comme le 11 mars 2005 et le 11 avril 2007, que d’interrompre avec une violence inexcusable ces réjouissances essentielles autant que routinières. Pour dire la vérité, vous nous avez dérangés. Convenez, au moins, que nous n’en soyons pas ravis. A trop croire à notre pouvoir, vous avez fini par vous convaincre que nous existions. Vous éclairez vos lanternes avec nos vessies. Nous autres Occidentaux aimons dormir debout : c’est notre façon d’être éveillés.

Votre monstruosité, le 11 septembre 2001, nous a surpris. Elle nous a même stupéfiés à un point tel que nous avons d’abord eu l’impression que vous débarquiez de beaucoup plus loin que le système solaire. Nous n’oublierons jamais qu’après le 11 septembre notre Techno Parade dut être supprimée, de même que nos merveilleuses Journées du Patrimoine. Et que dire des si graves problèmes du secteur du tourisme, de la baisse des ventes de voyages, des annulations qui se sont brusquement mises à pleuvoir, à cause de vous, chez nos amis les tour-opérateurs, des cracks boursiers. Que dire des bateaux-mouches qui ne faisaient plus le plein et des cars d’excursions Cityrama qui tournaient à vide. Que dire de ces dommages collatéraux du terrorisme ? Vous ne respectez décidément pas la Joie, et cela est révoltant. Il va falloir que vous changiez et que vous compreniez, une fois pour toutes, que la Joie totale est totalitaire et exige le respect.

Nous sommes innocents, dramatiquement innocents. L’innocence entraîne l’incapacité de comprendre pourquoi l’ennemi vous en veut à ce point, et surtout pourquoi il attaque avec une telle cruauté. Comment peut-on nous faire ça ? se sont ainsi demandé les Américains et le Monde entier à l’unisson. Un peu plus tard, sur le murs de New-York, on a vu apparaître une inscription que n’importe qui d’entre nous, aurait pu contresigner : Si Dieu aime l’Amérique, qui peut tant nous haïr ? Oui qui le peut ? Personne. Et c’est pourquoi votre irruption a d’abord semblé impensable, et même presque surnaturelle, dans la douceur new-yorkaise où le ciel était d’un bleu si parfait chargé du souvenir de l’été encore proche, et où le soleil tiède faisait pétiller la baie. Tellement impensable, tellement surnaturelle que de nombreux témoins, au moment du double abordage, et plutôt que de cauchemar, ont parlé d’une sensation de rêve. La douceur même de ce matin-là enveloppait d’innocence l’Amérique et son mode de vie non contradictoire, qui est aussi une forme d’onirisme. Devant ces immeubles plus lumineux que le ciel, des gens se jetaient dans le vide, devant ces populations soudain couvertes de poussière qui erraient dans les rues ou qui tombaient à genoux en sanglotant, tous ont parlé d’horreur, certes, mais ils ont aussi parlé d’irréalité. Ariane, une amie new-yorkaise, architecte à Broadway, sortait du métro à Soho alors que la tour sud était en train de s’effondrer, la première chose qu’elle m’a dite c’était qu’elle croyait à une blague.

Nous sommes à la fois individualistes et incapables de vivre en dehors des communautés, tribus, familles de sang ou d’esprit. Personne n’est en mesure, dans notre monde qui sera bientôt le vôtre, et qui l’est déjà en un sens, de se séparer de personne. Vous avez votre oumma, votre collectivité mystique qui épate tant nos chroniqueurs, habitués à ce qu’on se lève davantage pour Danone que pour Allah, nous avons notre profonde certitude en notre commune supériorité à l’exception de toutes les autres.

Notre remarquable G.-W. Bush n’avait-il pas lui-même parlé, dans l’une de ses premières allocutions, d’ « un combat du Bien contre le Mal » ? Et n’est-ce pas ce combat que nos supplétifs idéologiques livrent depuis des années à n’importe quel propos, sous n’importe quel prétexte ? Qui n’est pas avec nous est contre nous, ont dit les Américains. Il ne saurait y avoir de troisième terme. Nihil est tertium, ainsi que s’exprimait Cicéron. On pourrait être plus précis : toute velléité de tertium est criminelle. Un mondo diverso è possibile, comme le clamaient les manifestants de Gênes.

Vous voulez triompher de nous mais sachez que nous serons nous-même nos plus grands fossoyeurs, sans vous nous réussirons à anéantir notre Histoire, en oubliant notre passé, en massacrant le présent tout en ayant une fabuleuse espérance en l’avenir, le Bonheur est à portée de main, parce que nous voulons être heureux, Que du bonheur, Que du bonheur… partout et tout le temps, les grincheux nous dépriment, nous fatiguent. Nous voulons du Bonheur, que du Bonheur et pour cela nous avons compris que nous devons rester sourds, désespérément sourds.

True friendship can afford true knowledge. It does not depend on darkness and ignorance.
Posté le 11 avril 2007 @ 15:57

Henry David Thoreau, il a, bien sûr, beaucoup écrit et théorisé la désobéissance civile mais pas seulement… Il est aussi celui qui aimait (d)écrire l’amitié, l’amour, le bonheur d’être en vie et de sentir son souffle cadencé les secondes, Thoreau, loin d’être abscond, est celui qui parce qu’il aimait la vie, le monde, son pays, les US, forma une pensée radicale, ascétique parfois excessive voir même violente. J’aime sa radicalité, son intransigeance, ses phrases simples (que la simplicité est difficile dans l’écriture), il claque fort, sa lecture influence la vie de celui qui la pratique, ce fut mon cas.

Bien que Thoreau soit, pour moi, un sujet de réflexion et d’échanges très passionnant, je voudrai aborder, par son biais et par sa conception de l’amitié, la description de mes deux amies : Noémie et Nancy. Sans faire un quelconque panégyrique, cela n’aurait que très peu de sens et ne leurs plairait pas beaucoup. Les décrire dans leurs absolu, leurs travers, ceux qui me choquent, me gênent ou m’amusent, décrire leurs légèreté à vivre une vie qui pour être facile les éclabousse aussi, parfois.

Noèmie est aussi blonde que Nancy est brune, l’une a une beauté diaphane, l’autre intense.

J’ai rencontré Noémie en première année à Sciences-Po, je courrais dans les couloirs de l’école pour rejoindre un cours de Macroéconomie, j’avais du retard et cet état me rend toujours fébrile. Elle était dans la même section que moi, et nous nous croisions souvent dans les amphithéâtres ou les T.D. parfois même à la bibliothèque. Ce jour-là elle était assise au bord d’une fenêtre ouverte sur la cour et le soleil automnal, elle était concentrée sur l’écran de son ordinateur portable posé sur ses jambes croisés, le buste droit, son regard polaire semblait brûler l’écran plasma. Je lui ai demandé si elle ne venait pas assisté au cours de Macroéconomie, elle a levé les yeux de l’ordinateur, m’a regardé et m’a répondu qu’elle m’attendait, elle ne m’a pas vu dans l’amphithéâtre et sachant que je ne ratte jamais un cours elle supposait que j’avais du retard, donc elle attendait mon arrivée. J’ai été un peu déstabilisée, à peine mais suffisamment pour rire un peu bêtement. Nous sommes entré ensemble dans l’amphithéâtre et depuis ce jour nous ne nous somme plus quittés.

Noémie est souveraine, reine, aérienne parfois hautaine voir même vilaine, toujours lointaine, Noémie est belle, ses cheveux sont blonds, droits, mi-longs, son visage allongé est souligné en pointillé par de multiples tâches de rousseur, ses yeux sont bleus très clairs, sa taille fine, élancée, sans être grande elle marche comme si le monde était tellement plus bas qu’elle, elle a de l’allure et quelle allure…. Elle est née à Paris dans une famille bourgeoise, très bourgeoise, auréolée d’un nom à double particule, ses ancêtres ont fait la Révolution française, se sont fourvoyés avant de rejoindre Napoléon, ils ont connus des revers de fortune puis se sont rétablis avec encore plus de prestige. Mais Noémie, se fout de tout cela, si elle connaît parfaitement l’Histoire de sa famille c’est pour mieux s’en détaché. Elle est moderne, elle ne vit pas dans la gloire du passé même si elle sait, aussi, reconnaître que sa famille et son milieu social lui ont apporté, outre une aisance financière, beaucoup de d’assurance et de facilités à évoluer dans la société, une certaine culture. La distinction, elle la porte sur elle, le signe de Caïn, celui qui fait que les gens d’exception sont toujours maltraités dans l’Histoire, la littérature, la vie pour le dire plus prosaïquement. Elle était crainte, pour beaucoup elle incarnait trop l’archétype de ceux qui fréquentent Sciences-Po, elle jouait jusqu’à l’absurde le rôle de celle à qui tout réussi, elle est comme cela, Noémie, elle joue, elle se joue de tous, elle intimide et pousse tous ceux qui l’abordent a réfléchir à chaque mots qu’ils prononcent, elle sait reconnaître la médiocrité qui la rend toujours impitoyable. Lorsque nous nous somme connus et fréquentées elle m’a apprit que j’avais déjà la réputation d’être une fille un peu âpre, cinglante, solitaire et très atypique. Avec mon allure de garçonne je n’ai besoin de personne (en Harley Davidson, son, son), elle était intriguée, et puisque le trait principal de son caractère n’est pas la timidité elle m’a abordé, d’une façon amusante, percutante, étrange. Noémie a des frères et puis de sœurs, ils sont tous ses aînés. Ses parents ne l’envisageaient pas ou plus, elle n’était pas attendue, coup de théâtre Noémie. Elle sait qu’elle est un accident, Noémie. Accident n.m.- 1175 ; du latin accidens, de accidere « survenir ». Événement fortuit, imprévisible (dixit le Petit Larousse). C’est bien son genre à Noémie Coup de Théâtre, elle survient, elle prend sa place, parce qu’elle dit toujours que partout dans le Monde il y a un place qui lui est réservée, Noémie est d’ici et d’ailleurs. Toujours en retenue et nuances, elle fronce très légèrement les sourcils lorsqu’elle réfléchit et lorsqu’elle n’est pas d’accord avec quelqu’un elle dit « ton opinion n’est pas la mienne mais je peux l’admettre sans l’intégrer, je préfère toujours me confronter à des idées que je ne partage pas, de cette façon je reste sur le qui-vive ». Le qui-vive, elle est toujours sur la corde raide, funambule, je sais que souvent ses éclats de rire cachent une flétrissure, ses regards masquent le désir fou d’être aimée. « Je n’ai pas choisit ma famille, pas choisit mon monde, pas choisit mon nom, pas choisit mon corps, pas choisit mes mots, je n’ai même pas choisit mes mots, ceux qui me viennent naturellement… Mais je veux être aimée et libre, je veux être libre », je lis cela dans ses regards. Je m’enorgueillis, souvent, lorsque elle dit que c’est grâce à notre synergie que ses années à Sciences-Po ont été belles, légères, réussies. Je sais que bien souvent elle m’a rattrapée au vol avant la chute, l’air de rien et très bien… mon moral n’est pas aussi régulier que le sien. Bien plus tard elle et Nancy n’ont sauvé, physiquement, au bord de l’abîme toutes deux m’ont retenue, à coup de claques, de cris et de pleurs. Noémie est courageuse, vaillante, un petit soldat de verre, lorsque j’ai démissionné d’un poste que je n’occupais que depuis quelques mois, un poste de prestige, fort bien rémunéré, un poste pour lequel j’étai sensées être faite, comme si ma vie ne se résumait qu’à me poser chaque matin à ce bureau au milieu de cette salle entre tous ces élus… foutaises, elle m’a soutenue, tellement fort, elle qui connaît les sacrifices de 7 années d’études, elle qui connaît la volonté que j’ai déployé pour réussir toutes les étapes de ce jeux de dupes, être toujours « dans la botte » celle des 5 premiers partout. Beaucoup n’ont pas compris alors que je m’épuisais à leurs expliquer le malaise que je ressentais en travaillant là-bas, elle a tout compris sans que j’ai eu besoin de prononcer un mot. Vivre légèrement, aimer innocemment parfois cruellement, partir doucement, ne rien voir venir et laisser la vie te surprendre, c’est Noémie Coup de Théâtre.

Nancy, c’est tout un poème, un poème lyrique, bien sûr. Nancy, moi et mon double. Nancy, Comediante, Tragediante. Nancy est sublime, elle aussi, sa beauté est fatale, évidente. Elle a les cheveux noirs, épais, droits et longs, un nez droit et fin, de grands yeux noirs en amande. A peine plus petite de taille que moi, elle a une démarche légèrement chaloupée, elle a la sensualité orientale du sang qui coule dans ses veines, une odalisque légère qui aime être admirée mais qui toujours se sent comme encombrée par son apparence, son visage qui fait se retourner les femmes et les hommes. Si j’insiste sur sa beauté physique c’est parce que celle-ci lui joue des tours, l’empêche tout en l’accomplissant. Nancy est brillante, c’est une littéraire, une sensible pour reprendre le cliché que l’on attribue trop souvent aux gens qui aiment l’introspection, l’écriture, la contemplation. Elle est née, comme moi, en Roumanie, à Bucarest. Sa mère est d’une famille juive roumaine, son père est libanais, Nancy, moi et mon double. Ses deux parents sont médecins, ils ont connus mes parents à la Faculté de Médecine de Buscarest dans les années 1974-1980, moi et mon double. Nancy a un frère plus jeune, un peu adolescent un peu adulte. Nancy ne s’est pas toujours appelée Nancy, lorsque qu’elle est venue en France avec sa mère avant la naissance de son frère, ils ont vécu dans la ville de Nancy, toute la petite famille a obtenu la nationalité française à Nancy et sa mère a trouvé malin de changer son joli prénom roumain et d’inscrire sur sa carte d’identité française un prénom qui faisait d’avantage couleur locale, bien que Nancy ne soit pas foncièrement un prénom particulièrement français. Elle s’appelle Nancy comme la ville alsacienne, et lorsqu’elle raconte cette anecdote elle rit toujours, comme si le burlesque de ce changement de prénom et du manque d’imagination de sa mère allait marquer sa vie d’un sceau tragi-comique. Son vrai prénom, celui de sa naissance, le prénom roumain, celui qui pour sa mère était peut-être trop encombrant en France, ce prénom je l’aime et souvent je l’emploi lorsqu’elle a le vague-à-l’âme, ce prénom est Crîngutza (petite branche, en roumain), c’est vrai qu’elle est comme une petite branche, elle ne touche pas souvent la terre, elle aussi est d’ailleurs, unique. Sa mère est psychiatre, un peu rigide, elle a tendance à voir chez Nancy tous les symptômes des pathologies psychiatriques… Sa mère la trouve belle, mais oui, elle lui dit « que tu es belle ma fille », Nancy comprend « que tu es belle, ma création ». Elle se sent restreinte par sa mère qui la cantonne à un rôle de plante verte, qui ne cesse de critiquer ses réussites universitaires, elle critique même le fait qu’elle ne soit qu’en Agrégation de Lettre classiques à l’E.N.S. !!! Elle a été élevée dans la méfiance des gens, des hommes surtout qui sont pour sa mère la dernière race après les crapauds, elle a été élevée dans l’idée que les femmes seront toujours jalouses d’elle et les hommes toujours des prédateurs… Nancy pétille et lorsqu’elle sent venir de sombres augures, elle rit. Ses malheurs lorsqu’ils sont dits par ses mots paraissent être aussi amusants qu’un film de Charlie Chaplin, amusant et amer. Elle a un don incroyable pour raconter les petites embûches et les grands désarrois de sa vie quotidienne, elle sait à l’occasion se mettre en scène : « Attendez, je vais vous faire il professore qui s’énerve face à notre groupe, qui ménace, vocifère. Attendez, je vais vous faire ma mère qui m’indique la sortie de sa noble demeure”. Elle est drôle, elle aurait pu facilement être actrice mais chez elle l’humour est un analgésique. Je me souviens, il y a moins d’un an, le Liban, le pays de son père était à feu et à sang, nous avons veillés ensemble devant la télévisions, dans les aéroports, pendues au téléphonne, nous avons pleuré. Nous sommes dechirées, toutes deux juives et arabes à la fois, cela marque un cractère. Tragediante, Comediante, sans elle ma vie serait incontestablement beaucoup moins belle, elle me fait prendre la mesure du dérisoire de nos vie, parfois son desechantement céde le pas à une pointe de cynisme, chez elle le cynisme est toujours le réflét d’un depassement de sens, le climax d’un état de choses ultra-violent. Nancy pluere sur la saloperie de notre époque, la putasserie des gens, Nancy rit des coquelicots délicats qui feurisent dans le Jardin de Plantes à Paris. Je l’aime vraiment cette fille-là, c’est une chic-fille, qui sait aussi tuer d’un regard ou d’un mot, elle aime martyriser les garçons qui osent l’approcher, en amour elle a une fidélité multiple mais en amitié elle est exclusive, généreuse, humble. Nancy est humble, elle croit souvent faire des erreurs, elle me demande ce que j’aurais fait dans telle ou telle situation, elle aime confronter sa vie à mes réactions ou à celles de Noémie. Elle érige de nombreuses construction metales, elle aime anticiper, ne jamais se laisser ratrapée par un détail omis, caché derrière des évidences imposantes, elle est perfectioniste. Nancy donne tout ce qu’elle a lorsque le malheur croise son chemin. Un jour, alors que nous étions dans la station de métro Saint-Gérmain-des-Prés à la fin d’une journnée éffrénnée de shopping (exceptionnelles chez nous) nous nous sommes aperçus qu’il y avait-là un groupe de jeunes roumains, qui parlaient fort et semblaient attendre quelque chose, Nancy m’a dit que ces enfants mériteraient d’aller à l’école parce qu’ils ne sont pas idiots, elle soufrait de leurs situation, en montant dans le métro elle s’est appérçu que le billet de cinquante euros, qu’elle avait dans une poche arrière de son jean, avait disparu, elle l’y avait mit avant de descendre les escaliers de la satation de métro, je lui ai dit que, sans doute, lorsque nous avons achétés les tickets au distributeur et que le groupe de jeunes s’est collé à nous l’un de ces jeunes le lui a subtilisé. Elle a protester, en me disant qu’elle est tête-en-l’air et qu’il est tombé “tout seul” de sa poche, mea culpa, mea maxima culpa. Elle est de ceux qui préférent s’accuser de tous les maux plutôt que de dénoncer ses semblables, même vis-à-vis de moi, elle n’est pas naive et encore mois idiote, elle est droite comme une petite branche qui sait que sans les autres petites branches elle n’est rien, il faut beaucoup de petites branches pour faires un bel arbre. Hey, hey, hey, Nancy, tu n’est pas née dans le Wiscontin ou le New-Hampshire mais à Bucarest et si tu t’appelle Nancy c’est par souci d’intégration en France. Sans tes éclats de rire, tes petites regression enfantiles, ta gourmandise que nous partagons avec Noémie, sans ta loufoquerie, je crois que je ne serais pas aussi équilbrée, ma foi en l’être humain est très limitée mais tu sais nous faire entendre le son de l’insoucience.


Rien c'est dejà Trop, aujourd'hui
Posté le 09 avril 2007 @ 16:56

Il est certains regards qui semblent accepter

Ce que par trop de mots j'incline à refuser

 

 

 

Chaque temps a ses navrances

L'artiste en ses fulgurences,

Je hais jusque dans leurs engences

Ceux qui vendent l'élégance

Celles qui, par les hommes, pensent

Vivre une vie d'abondance.

 

Discussion
Posté le 02 avril 2007 @ 15:11

Il est ici. Ici à Marrakech. Depuis Samedi après-midi. Je lui ai demandé s’il a prit le même avion que Noémie et P. Visiblement pas. Mercredi, il rentre à Paris. Mercredi, C. vient à Marrakech… Sans le savoir il est une parenthèse, avant l’arrivée de Noémie et P. j’étais trop occupée à vivre mon retour ici, après l’arrivée de C. nous seront trop occupées à organiser nos deux semaines de vacances ensemble. Il veut me voir, me parler, je n’ai pas vraiment envie de le voir, mais mon côté parano-mégalo me persuade que s’il est à Marrakech c’est uniquement pour me voir et me parler. Parce que je ne suis pas inhumaine j’accepte un rendez-vous à la terrasse du Café de France, Dimanche, c'est-à-dire hier après-midi.

Il me demande :

- Alors, depuis combien quand tu es ici ?

- Lundi.

- Bien. Tu sais que je t’ai laissé un message sur ton portable, je t’ai même envoyé un mail.

- C’est une question ou …

- Non je voulais juste que tu sache que contrairement à ce que tu crois je m’inquiète de savoir ce que tu fais, où tu es…

- Bien. Aujourd’hui je t’ai répondu et maintenant nous somme ensemble, donc cette réflexion est inutile.

- Je reste quatre jours. Je suis descendu dans la Médina, tu sais le même Riad que d’habitude.

- Oui, le Riad Isis ? Attend, je veux bien parler de la pluie et du beau temps, de ton hôtel et de je ne sais pas quoi encore… mais je voudrai savoir pourquoi tu veux me parler ?

- Non, mais c’est très simple… j’ai parler avec D. qui m’a dit que tu était à Marrakech, il ne savais pas depuis combien de temps et puisque j’ai quelques journées un peu calmes… j’ai pensé que je pourrais moi aussi venir me reposer ici.

- O.K. mais comme toujours tu t’esquive, tu ne répond pas à ma question, mais c’est pas très important. Et ton livre, il avance bien ?

- Pas mal.

- Tu ne veux pas m’en parler ?

- Si, bien sûr mais il est tellement différent des précédents qu’il me déroute, il m’échappe, me possède, je fini par me battre contre mon livre, c’est inédit chez moi.

- Arrête de transposer ta propre vie dans tes livres.

- Cela veut dire quoi ?

- Si tu écris sur ta vie, surtout celle que tu vis en ce moment, il n’est pas étonnant que l’histoire t’échappe comme dans la vraie vie.

- C’est censsé vouloir dire quoi ?

- Rien, je ne suis pas claire, comme d’habitude, tu sais bien.

Il s’enfonce dans sa chaise, la bascule sur les deux pieds arrière, se balance d’avant en arrière. Et puis il revient vers la table, prend une cigarette, un briquet, allume sa cigarette, et continue son va et vient avec la chaise.

J’enfonce ma casquette sur la tête, me calle au fond de ma chaise, la bascule, et me balance.

Il parle.

- Tu lis quoi en ce moment ? plutôt de auteurs anglo-saxons ou plutôt des francophones ?

- Je préfère les auteurs Français et Russes. Mais Saul Bellow, Miller, Dos Passos, enfin beaucoup…. sont de géniaux auteurs. Si non, en ce moment je lis un livre d’ethnologie sur les indiens Urubus-Kaapor du Brésil.

- Tu lis toujours autant ?

- Non, vraiment pas, j’ai eu mon âge d’or.

- Tu te crois foutue ?

- Pourquoi ?

- Pour rien.

- Pourquoi tu me poses des questions sur ce que je lis, pourquoi tu me demandes si je me crois foutue ? Tu veux quoi, en fait ?

- En fait je me rend compte que je ne te connais pas très bien, donc j’essaye de… d’entrer dans ton monde.

- Mon monde n’est pas très passionnant, et puis si tu penses ne pas me connaître, sache que moi non plus je ne me connais pas. Je suis comme une photo dont je ne connais que le négatif. Seuls les aspect marqués de ma personnalité me sont perceptibles, les nuances m’échappent. Mais peut-être que je suis sans nuances, je suis sans doute un peu brute de décoffrage.

- Arrête tes conneries, tu sombres dans le pathos que tu détestes tant…

- Bien joué…

Il me raconte des anecdotes sur le petit milieu littéraire parisien, il est drôle, comme toujours.

Moi, je ne tiens pas en place, je lui demande s’il ne veut pas sortir, j’ai des courses à faire, dans Ghéliz. Ghéliz c’est le quartier français (pour les français) et les quartier riche (pour les marrakchis). Je n’aime pas beaucoup Ghéliz, il n’y a pas d’âme… Mais là maintenant, j’ai drôlement envie d’y aller, et puis vite, tout de suite.

On sort, en descendent les deux étages du Café de France, les odeurs âcres de cuisine se mêlent à celles sucrés des pâtisseries et puis au rez-de-chaussée la salle est comme toujours très enfumée.

Sur la ¨Place Jemaa El-Fna, la foule nous happe. Je marche vite vers le Club Méd., là-bas il y a toujours des taxis. On entre dans le premier taxi qui nous fait signe.

Je lui dis : « Ghéliz, place du 16 Novembre ».

F. me regarde, il doit penser que je suis dans un état proche de l’hystérie.

- Ghéliz, c’est si urgent que cela ?

- Oui, j’ai des courses à faire, je te l’ai déjà dit.

- Oui j’ai compris…

Tout à coup il se met à chanter. Partenaire particulier. Partenaire particulier cherche partenaire particulière… J’éclate de rire. Il est à totalement dans son interprétation.

- Enfin je réussi un peu à te faire rire.

- Oui et puis ?

- Et puis rien. Mais je suis endurant, tu sais.

Ghéliz.

- Tu dois faire quelles courses ?

- Des gombos….

- Quoi tu viens à Ghéliz pour trouver de gombos ? Tu m’aurais dis un collier chez Cartier, j’aurais compris que tu veuille venir ici, mais des gombos…

- Bon, tu me soûles, là.

- Pourquoi, tu es à cran, toujours prête à bondir, tu feras battre les montagnes. C’est quoi cette violence ?

- Je suis pas violente mais constamment exaspérée, excessive dans mes réactions, je ne sais pas gérer les relations sociales, et là tu débarque, je ne sais même pas ce que tu veux, tu veux me voir pour me dire des banalités, putain, mais pourquoi ici ?

- Attend je veux rien, te voir c’est tout. Mais si cela doit se transformer en tragédie pour toi, je te laisse. Je vais même aller plus loin : j’attends rien de toit ni même de quelqu'un d'autre, merde tu crois quoi, tu crois que je veux quoi, je peux pas juste avoir envie de te voir? A Paris t’es invisible et ici au bord de la crise de nerf. T’es insupportable,et puis vraiment trop conne, tu crois quoi, j’ai pas besoin de toi, merde !

- Quoi, trop conne ? Mais tu sais à qui tu parles. (quelle prétention)

- Oui, à une petite conne de 24 ans qui se prend pour une déesse alors qu’elle n’a encore jamais rien prouvé.

- Ohhhhh ! Vas-y dégage, je veux plus te voir. Bouge, tu m’énerves.

- Non.

- Quoi, non.

- Non je ne bouge pas, en fait, non, je reste avec toi et on va passer une après-midi entre personnes civilisés et de bonne compagnie.

Le spectacle de notre clash à l’air de faire le bonheur des passants, touristes et marrakchis.

- Bon, d’accord, moi, je vais chercher des gombos, tu n’as qu’à venir avec moi.

Je passe devant lui et marche d’un pas très décidé vers la rue piétonne.

Il me suit de loin, je me retourne et je le vois arrêté devant la vitrine d’un luthier traditionnel. Je connais ce magasin, alors qu’on faisait que passer devant la boutique, comme aujourd’hui, mon père est entré et avait offert un guenbri à mon frère.

Je rejoins F.

- Je connais ce magasin, tu veux qu’on y entre ?

- Oui.

Il regarde les instruments posés sur des tapis berbères. Au fond du magasin, il y à l’atelier, exigu et sombre. Le luthier vend lui-même ses créations ou les anciens instruments qu’il restaure. Son travail est connu dans tout le Maghreb et même au-delà, il réalise les instruments des musiciens de l’orchestre royal. Il est très affable, et très prolixe en détails sur ses instruments, leur origine, leurs particularités, le bois dans lequel ils sont taillés… F regarde une kamanja très ancienne.

- Elle est sublime.

- Oui c’est vrai qu’elle est vraiment sublime.

Le luthier nous dit qu’elle date du 18 siècle, c’est une véritable relique. Et le son est très pur, on n’en voit plus des comme ça.

On reste un quart d’heure peut-être une demi-heure dans le magasin et puis on ressort sur la rue piétonne. On est calmes.

Après quelques pas, je fais demi tour et reviens chez le luthier. Je ressors avec la kamanja.

- C’est pour toi.

- Quoi, tu es dingue, elle doit être hors de prix. Non, je n’en veux pas, je vais la rapporter.

- Bon, tout d’abord elle n’était pas si chère que ce que tu peux penser, crois pas que je me serai ruiné pour toi, et puis si tu la rapporte je serai pétrifiée de honte. Donc tu la garde et on va cherche les gombos.

Je crois qu’il ne comprend plus rien. Je m’en fiche pas mal de l’incohérence de mon comportement. Je suis comme cela. Alors s’il est endurant il faut qu’il sache pour quoi il s’épuisera. Parce qu’il s’épuisera. Je ne l’aime pas. Moi, j’aime avec parcimonie. Avec C. c’est différent mais lui n’est pas aussi fou que C. Donc, s’il ne veut pas comprendre qu’il perd sont temps avec moi, je vais joué un peu, c’est plus fort que moi.

Finalement je ne trouve pas les gombos que je veux, on retourne à Jemaa. On se sépare sur la place, il rentre au Riad pour écrire, moi je m’enfonce dans le souk à la recherche des gombos de mes rêves, bien choisir les gombos est tout un art.

Ce matin, Noémie vient me rejoindre sur le toit-terrasse de la maison, elle m’apporte un grand bouquet de Passiflores, une rose rouge en son milieu.

- Tu as reçu un bouquet de fleurs, il vient du Riad Isis. Tu te fais draguer ici ? C’est qui ? Et puis, on t’envoie aussi ce sac.

Elle me tend le sac et redescend avec le bouquet de fleurs. Dans le sac il y des gombos, beaucoup et très beaux, juste parfaits. Et puis une petite boite rouge…

Mais il croit quoi ? Il croit qu’il va pouvoir m’acheter, juste comme cela ?

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Posté le 1er avril 2007 @ 02:10

Ce matin je me suis réveillé tôt, plus tôt que d’habitude. Aujourd’hui est une journée étrange, je le sais, je le sens. Je le sens au calme presque inquiétant qui plane dans la maison. Au premier étage, mes parents discutent à voix basse et phrases courtes, dans la cuisine, mon frère prend le petit-déjeuner en lisant USA Today. Les pages des résultats de la NBA sont posées sur la table entre les corn flakes et les pancakes qu’il a préparé. Il neige beaucoup plus que les jours précédents, et le soleil qui se réverbère dans la blancheur d’Atherton Street, inonde de lumière le living-room.
20 décembre 1989. J’ai sept ans depuis deux mois et six jours, nous vivons à Boston depuis un an et vingt-quatre jours. Aujourd’hui nous avons prévu de passer la journée chez des amis Roumains de mes parents qui viennent de s’installer à Boston, ils ont des enfants de l’âge de mon frère et moi. Je sais que ces journées passées entre Roumains exilés sont vitales pour mes parents, surtout pour ma mère pour qui c’est l’occasion de laisser libre cours à ses talents culinaires, à son goût des plaisanteries incompréhensibles pour ceux qui n’ont pas vécu en Roumanie, ces journées sont aussi celles des souvenirs et anecdotes interminables au sujet des années de lycée et de faculté, ces années où il faisait bon vivre à Bucarest et pendent lesquelles elle était si heureuse. Elle, d’ordinaire silencieuse, parle, parle, parle de ce bonheur que jamais, je crois, elle ne retrouvera.
Je rejoins Ilan, mon frère, dans la cuisine. Ensemble nous parlons toujours en roumain, Ce faci, ai casut din pat ? (Tu es tombée du lit ?). Mon frère n’a pas l’habitude de me voir si matinale, et comme d’habitude il me charrie, cette habitude m’a un peu rassurée aujourd’hui. Je lui demande si le journal de ce matin en parle. Il regarde les pages International, il y a un article « 19 décembre 1989, des émeutes soulèvent les grandes villes roumaines, le pouvoir de Ceausescu n’a jamais été aussi affaibli. Après les Polonais, c’est autour des Roumain de dire Non au communisme ».
Mon frère me dit que ce qui se passe là-bas est grave et que nos parents sont inquiets, ils n’ont pas dormis de la nuit et on essayé de joindre, par téléphone, notre famille à Bucarest, sans succès puisque les lignes téléphoniques sont coupés, comme notre pays, coupé, déchiré, mais tellement près de voir, enfin, s’accomplir ce pourquoi mes parents et tant d’autres Roumains se sont battus au sacrifice de leur confort matériel et pour beaucoup de leurs vie.
Je n’ai pas faim et je regarde mon frère, si différent de moi, il a quatorze ans, un jeune homme sérieux pour qui notre départ de Roumanie a été une déchirure inaugurale marquant une vie dans laquelle il a décidé de ne plus s’attacher aux gens, aux lieux, aux odeurs. Il avance guidé pas le profond sentiment d’une trahison inexpliquée, d’un paradis perdu auquel mes parents l’ont enlevé, et puis cette idée que la Liberté n’est qu'une aliénation parmi d’autres. Dans le catalogue de ses malheurs et de ses non-dits il sait que jamais rien ne lui rendra la paix des soirées passées avec ma grand-mère qui nous dorlotait et nous apprenait de vielles chansons Yiddish dans cette jolie maison-carapace où le temps ne passait jamais comme partout ailleurs.
Nos parents nous rejoignent dans la cuisine. Ils se servent du café et nous regardent en essayant de deviner ce qui nous passe par la tête. Dans ma tête il y a les images de CNN que nous avons regardé la veille, les tanks dans Bucarest détruite, cette ville que mes parents n’ont pas reconnu, les yeux de ma mère qui s’embuaient, son soudain départ du living et puis son retour précipité lorsque mon frère crie Ils tirent sur la foule devant l’Université d’Architecture. Nu se poate, mais si maman, cela se peut : les étudiants se mettent devant les tanks et c’est Tian an Men qui est dans nos esprits.
Mon frère replie soigneusement le journal, le pose sur le bord de la table comme pour tenter mes parents à le lire, à lire l’article « Scènes de guerre à Bucarest »… Mais ils n’ont pas le cœur à lire, lire demande déjà beaucoup trop de concentration pour leurs esprits en ébullition. Ilan essaye de dire quelque chose mais mon père lui coupe la parole : mes parents veulent discuter avec nous. Ils sont inquiets, pas de nouvelles de là-bas sauf au travers des médias et de leurs folles rumeurs, c’est trouble, agité, contradictoire, blocus de Bucarest, coup d’Etat, que des évidences que nous connaissons déjà mais que nous écoutons dans le silence de ceux qui, ébahis, découvrent une réalité exotique. Mais pas d’inquiétudes irraisonnées, dans la journée ou au plus tard cette nuit nous réussirons à les joindre malgré les neuf heures de décalage horaire et les dix milles kilomètres qui nous séparent et nous épargnent le chaos de notre pays. Oui, pas d’inquiétudes, nous disent-ils, comme pour susciter en nous l’assurance qu’ils n’ont pas.
Je leur demande si c’est la guerre, et si nos tantes et nos grands-parents sont en danger. Le concept de guerre était pour moi très flou, je savais seulement que c’est toujours synonyme de mort et de rupture définitive dans le continuum des vies de chacun. Mon père me dit que ce n’est pas une guerre mais plutôt une guérilla civile, avec des affrontements sporadiques entre plusieurs factions, celles des putschistes et celles des affidés de Ceausescu. Je sombre dans une réflexion approximative sur les conséquences comparées d’une guerre et d’une guérilla urbaine. Je décide que la guérilla est moins grave que la « vrai guerre », mais alors pourquoi les Roumains s’entretuent ? Malak, me dit ma mère, c’est compliqué mais tu sais bien que Ceausescu est un dictateur infecte et mégalomane, les gens se sont révoltés, parce que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Ceausescu. Je me souviens, que quelques mois avant notre départ de Bucarest, j’avais été désignée par mon Jardin d’enfants pour représenter l’ensemble des pionniers de la ville lors d’une journée dédiée au Conducator. J’ai chanté pour Ceausescu une comptine populaire. Ma mère a considéré cet événement, très excitant pour moi, comme un affront suprême. Cela a été pour beaucoup dans la décision précipitée de quitter la Roumanie.
Il est 10 heures du matin, et la neige a cessée d’asseoir sa belle robe de mariée sur notre rue, notre maison et notre petit drame mêlé de culpabilité, celle d’être ici et pas avec ceux qui, de l’autre côté de l’Atlantique au confins de l’Europe brisent le cercle vicieux de soixante années d’humiliations.
« Pour Votre Liberté et pour la Notre » disait la pancarte que portait une jeune fille dans les rues de Bucarest.
Le téléphone sonne, mon père décroche, c’est la voix de Marinela qui retentit dans notre cuisine. Les amis chez lesquels nous devons nous rendre aujourd’hui veulent savoir si ce n’est pas plutôt eux qui peuvent venir chez nous, ils n’ont pas fermer l’œil depuis deux jours et veulent sortir de chez eux, le trajet en voiture pour nous rejoindre sera une façon de se changer les idées. Bien sûr. Mais chez nous l’ambiance n’est pas très gaie, la tendance est plutôt à l’affolement paisible, mais à plusieurs peut-être que l’angoisse s’apaisera. Et puis il faut faire la cuisine, précise ma mère. Faire la cuisine, pour ma mère, a toujours été une forme d’exutoire et une manière de communier avec les saveurs transmises par ma grand-mère.
Je ne tiens pas en place, j’allume la télévision pour regarder CNN et le fil continu des événements qui se bousculent dans le Monde. Mais pour moi, aujourd’hui, le Monde se résume à un pays de vingt-trois millions de femmes et d’hommes. Je suis toujours mue par le désir de comprendre le ressenti de ceux qui sont là-bas. Peut-être qu’une des huit équipes de CNN présentes sur place, aura la merveilleuse idée d’interviewer mes grands-parents ou mes tantes : « Comment vivez-vous ces événements ? Le Monde vous écoute, allez-y parler bien devant la caméra. »
Je m’habille en écoutant un haut gradé de l’Armée dire que « oui, bien sûr l’Armée se solidarise avec le peuple ». Et puis des gens vivant dans des villes proches de Timisoara et Bucarest disent entendre le bruit des canons tirés par les tanks, alors qu’ils sont éloignés de plusieurs kilomètres du théâtre des combats armés. Les enfants ont peur et puis ils se sentent isolés, il n’y plus d’approvisionnements, plus d’essence, surtout.
Je descend les escaliers, cours vers la sortie de la maison sans mettre mes bottes et au milieu du jardin, dans la neige jusqu’au genoux, je fais le vide dans mon esprit, j’occulte les bruits des voitures et des enfants qui jouent. Je veux du silence, je lève les yeux au ciel, il neige à nouveau, je suis tendue vers ce que je ressens. Et puis tout à coup, j’entend, moi aussi, le bruit des canons, d’abord sourds et puis progressivement plus définis, tranchants l’air vif, nets. Malak come here. Maman, j’entend les coups de canon, je t’assure, viens écouté, d’où je suis il n’y a pas de doute, j’entend Bucarest. Ma mère sort sur le pas de la porte, elle a froid et fume une cigarette, mais Malak, tu ne peux pas entendre les canons, tu te rend compte quand même que nous sommes à plus de dix milles kilomètres de la Roumanie, tu te fais de idées, voilà tout. Bon rentre maintenant, il fait froid et puis je vois que tu n’as même pas de bottes. Mais maman, je sais bien ce que j’entends, les canons tonnent fort, si fort que leur bruit me parvient. Mais, vient ici ! Tu les entendras toi aussi. Ma mère pleure et moi j’entends d’autres coups de canon qui résonnent en moi, moi qui résonne avec Bucarest, mon enfance. Demain, au même endroit, je suis persuadée que je pourrais entendre ma grand-mère répondre à Jack Larkin sur CNN.

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