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eucalyptus inside
Cent-vingt-cinq
Posté le 31 août 2007
@ 10:59
"Ce matin, la machine à laver s'est bloquée.Tout le linge, et notamment le précieux, celui que j'aime le plus, était retenu prisonnier. J'ai essayé d'ouvrir le hublot avec un couteau. En vain. Soudain une détresse profonde m'a envahie. Je ne voulais plus m'occuper de la machine, je ne voulais pas appeler un réparateur, je voulais m'en aller, ailleurs, avec un petit sac sur le dos." François Poirié, Rire le coeur. Ce que j'aime dans la littérature, c'est ses petits miracles ; ses empilements de noms propres d'adjectifs d'articles de verbes, normalisés par la grammaire, pliés aux conjugaisons, aux accords, à la syntaxe, qui de temps en temps se débrouillent pour être violemment évidents.
Cent-vingt-quatre
Posté le 10 août 2007
@ 14:42
21 ans le 16 il y a quelque chose qui ne va pas avec ce chiffre : il est beaucoup trop stable, trop équilibré, ça ne colle pas. Ca ne me va pas d'avoir 21 ans, c'est trop vieux, dans ma tête les filles de vingt et une berges n'ont pas du tout l'air de ce dont j'ai l'air. Je n'ai pas l'âge des filles de mon âge, je n'ai pas l'âge des filles plus jeunes, ni des autres ; les mères disent à leurs fils qui m'écrasent le pied Dis pardon à la dame et JE NE SUIS PAS UNE DAME. Non mais.
Cent-vingt-deux
Posté le 30 juillet 2007
@ 16:11
Je ne passerai pas mon prix de hautbois. J'ai retourné toutes les choses dans ma tête et il n'y aura pas le temps pour la dizaine d'heures de cours qui s'ajoute si je le prépare cette année. C'est difficile d'y renoncer, jeter un bon coup aux orties cette vague possibilité qui traînait dans un coin, donner des cours faire des concerts. Si difficile que j'accepte de rester sur mon diplôme de fin d'études, mais qu'à la rentrée, en contre-partie, je commence le violoncelle. Na.
Cent-vingt-et-un
Posté le 29 juin 2007
@ 13:48
Je mets mes vingt premières années, enfin du moins les traces matérielles de ces vingt premières années dans des cartons. Les dépôts de la vingt-et-unième vivent en paix dans mon studio: le reste est empaqueté, étiquetté, scotché. Même mes livres (j'ai tenu hors de l'enfermement quelques Queneau élus parmi la masse). Même mes revues. Même mon petit bordel. Même les carnets que, malgré un déni farouche, j'ai toujours tenu plus ou moins régulièrement depuis le début du collège. C'est très intéressant. On dépose des morceaux de mémoire sur des pages à petits carreaux, on n'y pense plus et quand on ouvre à nouveau, on découvre des merveilles de syntaxe, des perfections stylistiques, des splendeurs lexicales comme : Avec Machin on est vachement ensemble tout le temps (5e). Ce dont je ne me souvenais pas du tout (mais qui c'est Machin, déjà ?). On trouve aussi des comptes-rendus précis (à la réplique près) de TP de physique, qui me font hurler de rire maintenant que l'épisode me revient en mémoire, des Truc : toujours aussi absent de l'émotion humaine, des Tout le monde est avec tout le monde en ce moment; même Bidule a trouvé une fille qui voulait de lui. C'est très injuste. des idioties à n'en plus savoir que faire, des listes, des et il m'a dit et je lui ai dit et il m'a dit qui me semblent parfois peu dignes de la discussion que je souhaitais réécrire. Les carnets, je continue, c'est ce que je préfère dans le bazar que je balade : c'est tellement mal écrit, mais c'est du texte viscéral, c'est du si j'écris pas je le perds, c'est du mal-être à portée de main, c'est du matériel pour qu'un jour peut-être, c'est du sourire malgré tout parce que ça vaut le coup.
Cent-vingt
Posté le 02 juin 2007
@ 10:46
Tu as étiré le mot "et" sur environ vingt secondes ce qui est bien trop pour un mot de deux lettres, et tu t'es emmêlé dans ton silence. J'ai bien vu que tu cherchais sans succès un mot pour commencer ta phrase, alors je t'ai filé un coup de main, j'ai dit le plus doucement possible pour ne rien casser de ce lien sur lequel on a déjà tellement tiré tous les deux, j'ai dit, doucement donc, en te regardant : Tu es avec elle finalement ? et c'était une question affirmative. Tu as répondu oui en regardant tes pieds, et tu as embrouillé tout un paquet de phrases qui disaient : C'est nul j'aurais dû te le dire je savais pas comment te le dire je suis désolé de ne pas te l'avoir dit, j'ai effacé tout ça Tu ne me dois rien.
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