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eucalyptus inside
Soixante-quatre
Posté le 23 mars 2006
@ 17:06
Reçu hier, le dossier pour Clermont-Ferrand. Imprimé aujourd'hui, celui pour Grenoble. Grand choc : merde, je suis en train de postuler à des machins sérieux. Pour de vrai. Des trucs où on me demande de définir mes projets professionnels et personnels pour l'avenir du futur (réciprocité du sentiment amoureux, par exemple, je sens que c'est à côté de la plaque, et puis de quoi je me mêle ?), où on me prie de pondre trois pages sur Internet remplacera-t-il les maisons d'éditions, les librairies, les bibliothèque et les centres de documentation ? (ben putain j'espère que non, sinon je suis bien dans la mouise), de me soumettre à des épreuves d'anglais (zoupeur) et des tests de culture générale (culture quoi ?). Dans la foulée, je constate que j'ai envie de faire partie de ces "cadres à bac +5 capables d'exercer des fonctions d'encadrement et de directions dans les métiers du livre et des contenus numériques" (ohlala, est-ce que ce serait pas lié au mot responsabilités ce truc ?). J'ai également réalisé que je projette de tenter le concours d'entrée du conservatoire de Clermont, bien que je sois issue d'une école de musique même pas agréée, que je sois très fortement soumise aux stress, trac, nervosité et compères, et que je vais être plus ou moins en rivalité avec des tas d'autres gens. Autres gens qui selon toute vraisemblance pour mon cerveau malade, auront des tonnes de qualités largement supérieures aux rares que je possède (si j'en possède), joueront du hautbois comme des dieux bien que n'ayant pas leur DFE ou leur DEM, parleront anglais couramment sans avoir fait de fac de langues et auront lu l'entier patrimoine littéraire que nous ont légués les multiples générations précédentes, et pas que, tout ce qui s'écrit actuellement aussi et moi j'ai même pas lu Alice au pays des merveilles ni Gulliver, alors comment faire bonne figure.
Soixante-trois
Posté le 18 mars 2006
@ 18:19
Jeudi soir : - Oh marde, j'ai été me faire prendre des mesures pour une tenue et je ne suis toujours pas dans la liste de ceux qui en récupèrent une neuve. C'est bien la peine, tiens. (râlè-je, pour changer) Cet après-midi : - Et tu as fait toute ta formation dans cette école de musique ? (dit-il poliment) Hmm. Deux fois dans la même semaine. Soyez sincères : vous me donneriez quel âge ?
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(haaan mon dieu ma gueule sur le net !)
Soixante-deux
Posté le 17 mars 2006
@ 15:36
J'attends l'homme qui n'arrivera pas. Peut-être au final la situation que je préfère. M'enthousiasmer, m'électriser pour une simple potentialité. Je suis vivante, sensible, des nerfs des conduits lacrymaux un muscle cardiaque. J'attends l'homme qui n'arrivera pas et pour l'instant c'est toi. C'est toi mais tu finiras sans doute par arriver et ce sera un autre, je n'ai pas envie que tu me touches, que tu m'émeuves quand tu es là, j'essaie d'absorber tous les rayons lumineux qui proviennent de toi pour mieux te conserver ensuite, pour donner corps à l'hypothétique autre. Je rafistole, j'invente, j'ajoute ce qui manque, ce que je ne sais pas, ce que je souhaiterais peut-être, tu es presque plus présent lorsque tu n'es pas là et comment pourrais-tu, comment pourrais-tu correspondre à un tel montage, une image, un mensonge.
Soixante et un
Posté le 10 mars 2006
@ 21:54
- Ca manque un peu de finesse. Il est presque 21 heures, je suis là depuis presque une heure et demie. C'est la quatrième répétition pour l'audition de piano. J'ai bossé ma partie du concerto un nombre d'heures incalculables, réparties sur six bonnes semaines. D'ailleurs juste avant de venir j'ai passé une demie-heure entière sur un trait technique de quatre mesures, et ensuite une autre demie-heure à mettre mes anches au point. La nana qui m'accompagne au piano ne connaît pas entièrement son texte, ne me regarde pas, ne pose pas de nuances et s'acharne violemment sur son clavier, ne tient pas le tempo et ne se rend pas compte si on est ensemble ou pas. Je mets toute la délicatesse que je peux partout, sauf sur mes triples croches à 72 parce que c'est très technique. Illustration immédiate : vous voyez le battements des secondes (sur une montre, le clignotement d'un réveil...) ? Ok. Par seconde, vous comptez jusqu'à huit. Seize fois de suite sans interruption. Bon, eh bien là on est à 60. 72, c'est un peu plus rapide et ça fait exactement ce que je joue. Et la prof de piano trouve que ça manque de finesse. J'ai senti mes mâchoires se contracter et, il faut bien le dire, mes canaux lacrymaux se sont énervés un peu. J'ai été super calme, j'ai dit HUM du ton le plus mal-aimable que j'ai trouvé. Elle a quand même enchaîné : Voilà. Je me suis écrasée alors que je m'étais promis de ne plus jamais le faire. En même temps, ce n'était pas le moment exact pour s'engueuler et dire un truc du genre ça manque de finesse alors que vos élèves tabassent le clavier, vous vous foutez de ma gueule ?
Soixante
Posté le 10 mars 2006
@ 15:42
Hier 21h30, j'appelle mon frère, exilé en région parisienne depuis presque trois ans maintenant, sensé revenir ce week-end et ayant changé d'avis à la dernière minute. Je l'appelle donc, on discute de conneries pendant approximativement quatorze minutes et il me dit au fait, je suis en train de me faire à manger, tu peux me rappeler dans un quart d'heure ? 22 heures, je rappelle. On fait un résumé rapide de la conversation précédente et on entre dans le vif du sujet : la place de l'écriture dans la littérature fantastique. Quand on en arrive chacun à des références que l'autre ne connaît pas, on passe aux choses de la vie courante : le temps de merde, mon IUT bloqué et sa proche démission. Pardon ? Hier, à bout de nerfs, il a posé une demie-journée de congé pour se retenir de ne pas démissionner immédiatement. Ah. On creuse le problème, je demande quelles ont été les analyses et réactions de son entourage, j'essaie d'avoir une vue d'ensemble et, effectivement, barre-toi de là, mais anticipe un poil.Il dit oui oui enfin tu sais je ne m'inquiète pas. Hum. Evidemment, mon pouvoir de persuasion sur mon frère aîné est assez faible. Je voudrais dire des trucs drôles qui détendent un peu l'affaire mais je ne trouve pas, et puis j'ai jamais su réconforter les gens. Alors je dis et qu'est-ce que tu as trouvé pour t'occuper ?, il me répond le nom d'un MMORPG ou j'sais plus quoi, un sigle un peu dans ce genre-là et je sais que j'en ai pour dix bonnes minutes de descriptions stratégiques auxquelles je ne comprends pas grand-chose, mais j'écoute patiemment. Il finit par me demander comment ça va, moi, alors j'étale un peu mes trucs de hautbois, les répétitions avec piano mais j'me sens pas l'envie de discourir des années là-dessus. Il raccroche à 23 heures. On contourne les bonnes questions, le genre de dialogue qui ne mène nulle part et dont on ne sort pas franchement soulagé.
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