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Une petite citation :
De quoi parle ce blog ? De pas grand-chose, et c'est déjà bien assez...
Soixante et un
Posté le 10 mars 2006 @ 21:54

- Ca manque un peu de finesse.

Il est presque 21 heures, je suis là depuis presque une heure et demie. C'est la quatrième répétition pour l'audition de piano. J'ai bossé ma partie du concerto un nombre d'heures incalculables, réparties sur six bonnes semaines. D'ailleurs juste avant de venir j'ai passé une demie-heure entière sur un trait technique de quatre mesures, et ensuite une autre demie-heure à mettre mes anches au point.

La nana qui m'accompagne au piano ne connaît pas entièrement son texte, ne me regarde pas, ne pose pas de nuances et s'acharne violemment sur son clavier, ne tient pas le tempo et ne se rend pas compte si on est ensemble ou pas.

Je mets toute la délicatesse que je peux partout, sauf sur mes triples croches à 72 parce que c'est très technique. Illustration immédiate : vous voyez le battements des secondes (sur une montre, le clignotement d'un réveil...) ? Ok. Par seconde, vous comptez jusqu'à huit. Seize fois de suite sans interruption. Bon, eh bien là on est à 60. 72, c'est un peu plus rapide et ça fait exactement ce que je joue.

Et la prof de piano trouve que ça manque de finesse.

J'ai senti mes mâchoires se contracter et, il faut bien le dire, mes canaux lacrymaux se sont énervés un peu. J'ai été super calme, j'ai dit HUM du ton le plus mal-aimable que j'ai trouvé. Elle a quand même enchaîné :
- Ce serait mieux si à chaque fois tu faisais un crescendo sur le premier groupe (la première moitié de seconde, de 1 à 4) et un decrescendo sur le second (de 5 à 8).
- Hum.
- Ce serait même beaucoup mieux parce que là c'est terne, ça ne vit pas, c'est pas musical. (c'est pas musical ! quand j'y pense, mais quelle connasse)
- En fait c'est très technique, j'ai déjà du mal à poser mes temps forts.
- On le fait comme ça.
- Non, c'est trop technique, ça ne passera pas.
- ... (regard d'incompréhension)
- C'est trop difficile pour moi.

Voilà. Je me suis écrasée alors que je m'étais promis de ne plus jamais le faire. En même temps, ce n'était pas le moment exact pour s'engueuler et dire un truc du genre ça manque de finesse alors que vos élèves tabassent le clavier, vous vous foutez de ma gueule ?

Soixante
Posté le 10 mars 2006 @ 15:42

Hier 21h30, j'appelle mon frère, exilé en région parisienne depuis presque trois ans maintenant, sensé revenir ce week-end et ayant changé d'avis à la dernière minute. Je l'appelle donc, on discute de conneries pendant approximativement quatorze minutes et il me dit au fait, je suis en train de me faire à manger, tu peux me rappeler dans un quart d'heure ?

22 heures, je rappelle. On fait un résumé rapide de la conversation précédente et on entre dans le vif du sujet : la place de l'écriture dans la littérature fantastique. Quand on en arrive chacun à des références que l'autre ne connaît pas, on passe aux choses de la vie courante : le temps de merde, mon IUT bloqué et sa proche démission. Pardon ? Hier, à bout de nerfs, il a posé une demie-journée de congé pour se retenir de ne pas démissionner immédiatement. Ah. On creuse le problème, je demande quelles ont été les analyses et réactions de son entourage, j'essaie d'avoir une vue d'ensemble et, effectivement, barre-toi de là, mais anticipe un poil.Il dit oui oui enfin tu sais je ne m'inquiète pas. Hum. Evidemment, mon pouvoir de persuasion sur mon frère aîné est assez faible. Je voudrais dire des trucs drôles qui détendent un peu l'affaire mais je ne trouve pas, et puis j'ai jamais su réconforter les gens. Alors je dis et qu'est-ce que tu as trouvé pour t'occuper ?, il me répond le nom d'un MMORPG ou j'sais plus quoi, un sigle un peu dans ce genre-là et je sais que j'en ai pour dix bonnes minutes de descriptions stratégiques auxquelles je ne comprends pas grand-chose, mais j'écoute patiemment. 

Il finit par me demander comment ça va, moi, alors j'étale un peu mes trucs de hautbois, les répétitions avec piano mais j'me sens pas l'envie de discourir des années là-dessus. 

Il raccroche à 23 heures. On contourne les bonnes questions, le genre de dialogue qui ne mène nulle part et dont on ne sort pas franchement soulagé.   

Cinquante-neuf
Posté le 09 mars 2006 @ 16:00

Je n'avais rien à faire alors j'ai jeté un oeil sur les photos qualité merdique que j'ai prises à Heidelberg, cet été. C'est très moche, c'est flou, c'est mal cadré. Et du coup j'ai été rechercher le carnet où j'avais noté des trucs et je pense vous en balancer des morceaux quand j'aurai rien à dire, par exemple aujourd'hui.

Pas dans l'ordre, parce qu'il ne faut pas exagérer. Et je précise aussi que je sais pas, tout ce que j'ai écrit durant ces deux semaines en Allemagne a un drôle de style, un truc un peu bizarre qui me ressemble moyennement (sauf celui-là, parce que bon, j'suis pas maso, je commence en douceur). 

Bref. Aujourd'hui, le Philosophenweg.

 

Philosophenweg, le chemin des philosophes. La seule image qui me vienne à l'esprit, c'est celle d'hommes fluets, chemise de lin et cheveux longs volants au vent, version "écrivain romantique du 19e siècle". Les philosophes d'Heidelberg ne correspondaient probablement pas à cette vision. Bien qu'il soit difficile d'attester ou non la présence de la chemise de lin, on peut du moins assurer qu'ils devaient avoir des cuisses dignes de joueurs du XV de France.

En effet, le Philosophenweg n'est pas une petite balade le long du Neckar, comme je l'avais naïvement cru, mais une randonnée (qui, à l'époque, devait par certains côtés ressembler à de l'escalade) à travers la montagne. Certes ils prenaient de la hauteur, mais, en pleine forêt, difficile d'avoir une vision claire. Moi qui m'attendais à une promenade tranquillou avec optio vue sur la ville, je me suis niqué les pieds sur les cailloux, j'ai subi un long monologue anglais-allemand sur la vie d'Emily Brontë et j'ai transpiré dans mon t-shirt tout propre.

Le guide nous a lu un poême d'Hölderlin pendant qu'on tentait de reprendre notre souffle. Je crois bien que personne n'y a rien compris. On faisait tous des têtes de déterrés, alors le type nous a souri et a distribué des chocolats Kinder. C'est sans doute la seule chose qui restera, ce Kinder donné à la fin, comme on en offre aux mômes après une expérience traumatisante.

Cinquante-huit
Posté le 05 mars 2006 @ 23:01

Evidemment j'ai passé mon samedi à glander et j'ai gardé l'équivalent d'un semestre de cours d'histoire à réviser pour la journée de dimanche (enfin, la journée, l'après-midi, quoi). Or, j'ai une manière de révision toute personnelle : je prends des notes en cours magistral en glissant quelque fois des trucs débiles pour me faire glousser quand je relirais (1851, le retour de l'Empire contre-attaque). Des notes oui, mais paoint trop n'en faut. Ensuite, je laisse mes cours macérer en bordel jusqu'à la veille du partiel.

[Ici les gens organisés s'insurgent : mais pourquoi au dernier moment ? Par flemme d'une part, par habitude d'une autre et entre les deux, parce que c'est, d'expérience, ce qui convient le mieux à ma mémoire. Connais-toi toi-même, comme disait l'autre.]

Le jour I venu, j'extrais mes cours de la masse de feuilles accumulées, je jarte tous les polycopiés (ça va bien, j'peux pas tout bosser non plus, ho), je classe en me basant sur mes souvenirs, j'empile dans l'ordre, j'allume mon portable et j'ouvre un document Word.

Et je tape. Je tape et je transforme mon charabia en français correct rédigé. Ce qui est problématique lorsque je me suis vraiment ennuyée pendant le cours et que j'ai pris mes notes en "moderne" (comte de Chambord : toujours un gros con, tant pis pour sa gueule, fallait être aware). Mais surtout, surtout, c'est long et chiant. J'étais sur la partie consacrée au rôle du président de la République dans la Constitution de la Ve (République donc), c'était-à-dire mon avant-dernière copie double lorsque mon portable a hurlé tidédodédoditi. J'arrête mon Winamp, j'enregistre mon document et je réponds.

Le directeur de l'IUT, m'apprend une camarade, a fermé l'établissement jusqu'à lundi inclus. Lundi inclus, comme dans le lundi où y'a le partiel d'histoire pour lequel j'ai révisé toute ma journée inclus.

Putain, c'est déjà assez chiant de travailler dans l'urgence, mais alors à l'avance, ça me gonfle.

Cinquante-sept
Posté le 03 mars 2006 @ 19:32

- Je sais pas encore quel programme je vais te donner, pour l'examen de hautbois.
- Hmm ?
- J'avais pensé à Poulenc...
- Ah oui, Poulenc, la sonate ? Elle est superbe, j'aime beaucoup.
- Bon eh bien ok.

Ce matin j'ai farfouillé et j'ai retrouvé l'enregistrement de la fameuse sonate. J'ai mis le CD dans le lecteur de ma mini-chaîne, j'ai appuyé sur close, je me suis assise en tailleur et j'ai mis play. Et là j'ai morflé.

C'est superbe, c'est sûr. Et ça peut l'être, vu la putain de difficulté technique. Trois mouvements qui changent de caractère sans arrêt, le prestissimo en piqué léger, les traits techniques bourrés d'altérations, des changements d'octave partout et des intervalles que jamais j'ai entendu ça, du suraigu piano-piano et du grave qui sonne, des trucs super joyeux qui côtoient des longues phrases mélancoliques, du mystère, de la délicatesse et du fortissimo.

Le pire, c'est que je vais en chier comme pas croyable, mais que je meurs d'envie de le bosser, de passer une demi-heure sur chaque difficulté, de répéter dix mille fois avec le piano pour le mettre en place et de le présenter devant un jury.  

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