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eucalyptus inside
Trente
Posté le 10 décembre 2005
@ 14:09
"Le monde des eunuques est un monde où il est difficile de pénétrer" (sic) (extrait d'une base de données interne à mon IUT). J'ai hurlé de rire dix bonnes minutes sous le regard consternée de ma binôme, j'ai répété la phrase une bonne douzaine de fois jusqu'à m'apercevoir que bon, ben non, elle trouvait pas ça drôle. "J'ai mal à la tête et mes entrailles d'entre-déchirent alors, oui, j'ai le droit d'être de mauvaise humeur, voire de très mauvaise humeur, et je dis que le chef du département est un con si je veux, fais pas cette tête-là, il est con il est con on n'y peut rien et Oh pardon, tiens, euh, bonjour monsieur le chef du département euh eh ben moi j'vais devoir y aller parce que j'ai un...". Ca commence à être très conflictuel avec le chef de département, également prof d'informatique, ayant une très forte tendance à l'incompétence, à la beauferie, à la mauvaise foi et de manière plus générale, à la connerie. Hier en entrant en cours j'ai essayé de lui sourire pour rattraper le coup, Marion m'a dit qu'en fait de sourire, c'était plutôt une grimace crispée type "je vais vomir". J'y peux rien, dès que je le vois ou l'entends, j'ai le visage qui se contracte. "C'est toujours quand je vais mal que les autres vont bien". Houston, on a un problème : mon malobid revient, signe infaillible que ma vie n'est pas top. Stress ? Malobid. Solitude ? Malobid. Pression ? Malobid. Angoisse ? Malobid. Avenir adieu ? Malobid. Contraintes ? Malobid. Paumée ? Malobid. Les autres, si je compare avec le nez sur mon nombril, ils vont bien. Un couple n'importe où, et une bise glaciale se lève quelque part dans moi, le bruit du souffle sur un verre d'eau, un espèce de chuintement froid, je suis sûre qu'en faisant des efforts, presque je pourrais chialer. Plus mauvaise période malobid : ma terminale S. Invivable. Mon corps détecte bien avant mon cerveau que ce que je fais ne correspond pas à ce que je voudrais faire. Il fait mal jusqu'à ce que je règle le problème. Le point délicat c'est qu'avec le malobid la seule chose que j'aie envie de faire, c'est m'enterrer très loin et me laisser crever en silence, espérer que les choses s'arrangent d'elles-mêmes, surtout ne rien faire, laisser le temps passer, enfin rien qui n'ait un quelconque rapport avec "se relever et aller de l'avant". "Evidemment bien écrit. A continuer...". Juste ça. J'ai peut-être passé dix-neuf ans à beaucoup attendre et ne pas concrétiser grand-chose, si ça me fait roiser ce commentaire-là, sans doute que ça en valait quand même le oup. Evidemment continuer, quoi d'autre sinon ?
Vingt-neuf
Posté le 07 décembre 2005
@ 14:11
Monsieur Noël, J'espère que je ne m'y prends pas trop tard. Je sais pas si j'ai été hyper sage, mais en revanche j'ai plutôt bien réussi mes partiels (cf bulletin de notes). Je n'ai mis à éxécution aucune de mes menaces, j'ai mis la table et fait à manger (des nouilles, certes) à ma soeur quand c'était nécessaire. J'ai été à tous mes cours sauf lorsqu'accidentellement l'horaire de mon CM avait disparu de mon agenda, et même j'ai travaillé et ma grammaire allemande est devenue un peu moins J'aurais donc une commande un peu spéciale à te faire. Je voudrais bien ne rien avoir, par exemple, rien du tout (mais alors rien du tout) sur les cinq noëls suivants et avoir à la place, genre l'année prochaine (mais on peut s'arranger pour faire ça plus tard, enfin tu verras bien), un hautbois professionnel ou une avance financière sur l'achat d'un hautbois pro, parce que je crois que la banque ne voudra jamais à raison puisque je ne suis qu'étudiante et que le prêt à taux zéro genre un hautbois à un euro par jour (sur cinq mille jours) n'existe pas encore, et c'est mal barré pour qu'il existe un jour. ... Sinon, je veux bien : Pierrot mon ami, Odile, Les enfants du limon de Queneau, Temps zéro, La journée d'un scrutateur, Palomar de Calvino, Emma d'Austen, L'auteur ! l'auteur ! de Lodge, L'herbe du voisin n'est pas plus verte, elle es plus loin et puis c'est tout (ou quelque chose comme ça) de Garreta, Les riches minutes de l'Oulipo de l'Oulipo, L'Iliade et l'Odyssée d'Homère, Herr Sommer de Süskind, Les rêves des autres d'Irving, Le roman des Jardin de Jardin, Amour absolu de Jarry, La conquête de la Pologne de Jimenez, Plume de Michaux, Bel-Ami de Maupassant, La vie mode d'emploi de Pérec, Le mal de Montano de Vila-Matas, et Generation Golf ein d'Illies. C'est toi qui vois.
Vingt-huit
Posté le 02 décembre 2005
@ 19:54
Tout à l'heure on était affalées dans les couloirs de l'IUT, nos derrières confortablement calés dans des fauteuils qui se baladaient par là à tout hasard, au milieu de cartons. On discute mollement depuis une bonne heure quand d'un coup, elle jaillit de son siège, tend un doigt vers une micro-affiche. - C'est les quatrièmes tremplins du jazz ! Deux minutes plus tard, on était déjà à dire que je connais une flûtiste, elle une basse, peut-être Marion à la guitare, une amie chante bien et joue du piano, de temps ent emps je passerai à la batterie, et quel genre de jazz, est-ce que tu as des partitions, où est-ce qu'on peut répéter, j'ai des trucs d'orchestres qu'on pourrait arranger, tu as suivi des coiurs de composition ? et puis aussi on ferait des trucs de musique de films, je dois avoir Robin des bois, et si on se base sur un truc de piano on peut tenter Tiersen, oulah y'a plus rien de jazz, non mais si on fera des sessions d'impro et d'façon on est pas obligées, tu regardes de ton côté ? Dans le bus, un grand sourire idiot.
Vingt-sept
Posté le 27 novembre 2005
@ 14:07
Dans mon rêve de cette nuit, une {MARQUE}nana{/MARQUE} guère supportable de ma (lointaine) première S m'annonçait qu'elle préparait cette année son Diplôme de piano. Ca m'a paru étrange, même dans un rêve, parce qu'à ma connaissance elle n'avait jamais posé les mains sur un clavier. Et elle d'expliquer qu'elle avait commencé il y a deux ans et demi, et qu'elle présentait donc son DFE en juin. Ca m'a fait longuement réfléchir en me réveillant, malgré l'heure extrêmement matinale. Longtemps j'ai difficilement supporté que des gens soient également musiciens, sauf s'ils étaient vraiment. Oui, ça n'a pas de sens. Je veux dire que j'ai considéré assez longtemps que les personnes réellement musiciennes étaient nées dedans, avec le biniou dans les mains à l'âge des premières rédactions. Evidemment c'est idiot, mais je me sentais, comment dire, spoliée par le fait que d'autres soient musiciens. C'était la seule définition de moi que j'avais sous le coude : la fille qui fait de la musique. Alors, que d'autres en fassent à l'arrache ou tardivement, ça me donnait la sensation que mes neuf ans de solfège et tous mes exercices techniques au hautbois étaient complètement vains. Alors cette nuit, quand l'autre andouille m'a annoncée qu'elle préparait son DFE, ça m'a fait un choc. D'autant que j'ai encore l'idée idiote qu'on ne peut pas vraiment être bon musicien, avec des émotions, de la musicalité et compagnie, si on n'a pas cette sensibilité dans le fond, une intelligence particulière, une réelle empathie. C'est con, hein. J'idéalise les musiciens. Le pire, c'est qu'il est probable que je le fasse pour me donner l'impression, moi, d'avoir ses qualités-là.
Vingt-six
Posté le 24 novembre 2005
@ 22:13
Ce matin, c'est en traînant les pieds que je suis allée en cours, non seulement parce que aucun intérêt et vent glacial, mais aussi parce que perspective de remise de DS. DS d'expression écrite. Et, autant je peux supporter de me ramasser lamentablement en droit, en doc technique, en MSI, en machintruc et tout ce que vous voulez (même si ça n'arrive pas, mais, posons l'hypothèse : eh bien j'en aurai rien à foutre, strictement rien à foutre), autant expression écrite, là, je stresse. Parce que j'imagine bien mon prof, là, le type que c'est plus un homme c'est un dieu tellement son savoir est encyclopédique et son humour hors d'atteinte, je l'imagine bien me rendre une copie quasi-vierge de toute annotation, avec seulement en haut un "à chier". Et là, catastrophe, je crois que de ma vie entière je n'oserai plus toucher à un seul stylo pour rédiger un post, un article ou un bout d'invention. A reculons donc j'entre dans la salle de cours, je fais un sourire pincé en lui disant bonjour, je serre les mâchoires et je fronce les sourcils à mort, Frida Kahlo style. Je jette un coup d'oeil à N. qui semble être dans le même état de nerfs que moi. Et là, que fait-il, ce terrible dieu ? Il nous dit qu'il doit téléphoner deux secondes, jette une masse de feuilles sur la table la plus proche de lui et lance Récupérez vos torchons en attendant. Autant que je l'avoue immédiatement : je n'ai pas eu le courage d'aller chercher ma copie, compulser tout le tas pour dénicher la mienne. J'ai attendu qu'une bonne âme me la tende, j'ai ouvert à moitié les yeux, regardé avec appréhension le commentaire. Et j'ai respiré.
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