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eucalyptus inside
Lettre à Boris
Posté le 16 mai 2006
@ 22:40
Le bus est plein et le soleil cogne. Un couple pépie, jeans et cheveux longs, ils ont quinze, seize ans. Derrière eux, affalée contre la vitre, les paupières mi-closes - la lumière -, je transpose. Si je fronce un instant les sourcils, je peux nous voir côte à côte sur ces sièges. En m'efforçant légèrement je t'observe m'embrasser. Je déplace un peu mes épaules pour revenir à la réalité, ce genre de choses ne mène nulle part. Je t'ai beaucoup croisé en peu de temps et tu es déjà partout. Les gens marchent par deux et ça me fait sourire doucement. J'entre dans un café et je me heurte à toi, soyons surpris-gênés ensemble, je te regarde me regarder et j'attends que tu te reprennes. Euphorie légère. Les jours suivants la pluie est tiède, le vent caressant, les heures courtes. Tu peux te cacher derrière chaque angle de rue, chaque passant. Les hommes sont plus grands, plus épais, plus bruns que tu ne l'es ou bien l'inverse; avec des mains plus fines ce type-là aurait pu être toi, tu imprègnes toute la ville. Tu es susceptible d'apparaître n'importe où n'importe quand alors je guette, je sens que tu seras là, gagné. Lentement j'attends de chaque minute qu'elle révèle ta présence. J'espère que tu seras ici. Perdu. L'air refroidit peu à peu, les signes s'espacent, les étincelles disparaissent. La ville redevient terne et grise, les rues sont désespérément vides de toi. Les autres ne sont pas plus ou moins que tu n'es, juste ils ne sont pas toi. Plus rien ne confirme ton existence, quelque chose se révolte dans ma cage thoracique, désillusion. Quand je réfléchis je laisse passer entre mes lèvres un souffle continu, comme tu le faisais, et puis j'arrête. J'ai construit un grand phare lumineux en attendant que tu t'y installes et je n'ai pas pensé qu'il était trop loin des côtes.
Quatre-vingt-trois
Posté le 15 mai 2006
@ 21:23
- l'après soleil Nivea Sun hydrate sans puer ni coller J'aime bien être aujourd'hui.
Quatre-vingt-deux
Posté le 13 mai 2006
@ 22:35
Un peu plus tôt dans la soirée je me suis prise une heure pour recopier des bouts de textes que j'écris au dos de mes CV, sur le brouillon de la notice de mise à jour, dans des coins de documents word pendant que ma responsable de stage ne me regarde pas, des textes que jamais je ne les place ici, même pas en invisible. Et j'ai constaté qu'un premier carnet était fini. Oh bien sûr il est riquiqui ce carnet, mini format, tout petits carreaux, une centaine de pages à peine et je n'ai écrit que sur les recto, et tout n'est pas tassé, mais un carnet quand même. Avec des machins travaillés et des trucs totalement spontanés, je relis et je me dis que parfois, mes idées ne traversent pas même mon cerveau, elles viennent se ficher directement sur le papier - c'est pas toujours brillant. Y'a des trucs on ne dirait même pas que c'est de moi, d'autres avec un rythme tellement nerveux que les lire me foutrait presque mal à l'aise. Certains sont dignes d'un journal intime d'ado pré-pubère, les textes tirés du blog sont ceux censurés, et puis il y en reste quelques uns qui me ressemblent vraiment. Quant au thème n'en parlons pas, je me trouve quasiment pitoyable mais c'est la seule solution qui m'était apparue pour "régler" la situation, comme si les émotions mourraient en les décrivant.
Quatre-vingt-un
Posté le 11 mai 2006
@ 15:39
Bien sûr ça n'a pas été parfait. Bien sûr ce n'était pas catastrophique non plus. Bien sûr Bach et Poulenc ne me touchent pas autant l'un que l'autre. On aurait pu mieux faire sans doute, mais on s'en est sortis honorablement. Rien ou pas grand-chose à regretter, parce que l'art de l'instant sur cette sonate. Insuffisant pour passer en deuxième année de Supérieur, peut-être, mais contente quand même, en dépit du vibrato un peu serré, du diapason parfois haut, du Bach trop souple, avec en contrepartie des encouragements sincères. Simplement présenter son boulot, s'impliquer dans le texte et disparaître dix minutes pour ne plus laisser que de la musique.
Quatre-vingt
Posté le 09 mai 2006
@ 21:53
Le gardien de l'école de musique est le meilleur ami de l'hauboïste tête en l'air qui passe un examen le lendemain. Une hautboïste, qui, par exemple, aurait laissé s'égarer son couteau à gratter en pleine agitation post-répétition piano samediesque. Qui s'en serait rendu compte, éplorée, le dimanche matin. Qui aurait gémi intérieurement mais comment, comment je vais faire sans couteau à gratter si mon anche merdouille pendant ce long long week-end, juste avant mon examen, mais comment je vais faire comment je vais faire ? Une hautboïste qui aurait téléphoné toute nerveuse à la mairie pour essayer de rallier les bonnes âmes à sa détresse, qui aurait squatté la tranquillité d'un prof de trombone, d'un prof de percu, d'une prof de solfège, pour finalement aller voir le gardien. Gardien qui lui aurait souri en disant, un couteau avec une protection jaune et une petite plaque en bois foncé ? Oui, oui. Exactement. Eh bien je l'ai là, je vous le redonne mademoiselle. Waouh. Le soulagement. J'ai mon couteau à gratter et ma plaque d'ébène. Mon anche va. Je ne vais pas regratter mon anche avec mon couteau, mais je l'ai. Je vais prendre le temps dont j'ai besoin pour respirer sur Bach.Je vais porter un jean parce que je suis bien dedans. Je vais vivre mon Poulenc. Je vais écouter les parents d'élèves me dire que c'était vraiment bien. Je vais sourire au jury qui ne me donnera pas la mention très bien, nécessaire pour passer en seconde année de supérieur. Je vais être contente de ce que j'ai fait. Je vais jouer en écoutant le piano, en profitant du piano. J'accepte de ne pas être brillante. Je vais juste jouer du joli hautbois.
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