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eucalyptus inside
Quatre-vingt-cinq
Posté le 21 mai 2006
@ 13:49
"Alors, lui reprochant intérieurement son indifférence, elle voulut revoir les hommes épris d'elle, avec qui elle avait été indifférente et coquette, afin d'exercer envers eux la pitié ingénieuse et tendre qu'elle avait au moins voulu obtenir de lui. Mais quand elle les rencontra ils avaient tous l'horrible défaut de n'être pas lui, et leur vue ne faisait que l'irriter." J'ai lu L'indifférent de Proust. Juste après un concert où j'ai joué à fond la fille charmante et charmée avec un quelqu'un - plusieurs quelqu'uns, d'accord - qui n'arrive(nt) pas à l'orteil de Boris. Mes félicitations Marcel.
Quatre-vingt-quatre
Posté le 19 mai 2006
@ 23:53
Il y a quelques jours je suis tombée sur des photos où j'ai neuf, dix ans, onze peut-être. J'ai l'air emprunté. Mal dans mes vêtements, mal dans mon corps, raide et surjouée. J'ai mis beaucoup d'années à savoir quelle attitude prendre avec ce corps qu'on m'a refourgué, le regard des autres a été très violent. Sur ces photos j'ai l'air mal dans ma peau à l'extrême. Juste avant l'entrée du collège. Les lunettes et la puberté. J'ai commencé à ne rien manger dès que les repas se sont déroulés en dehors de chez moi. Au collège l'impression d'être totalement en marge. J'avais acheté un pantalon près du corps en, quoi, cinquième, quatrième. Je le mettais jamais : j'avais l'impression d'être nue. La piscine : un squelette en {MARQUE}maillot de bain{/MARQUE}. La peur de tomber au fond sans remonter. J'aurais voulu ne pas avoir de corps. J'aurais voulu détruire toutes les photos de neuf à quatorze ans. J'ai l'impression que l'étudiante d'aujourd'hui a émergé de nulle part.
Lettre à Boris
Posté le 16 mai 2006
@ 22:40
Le bus est plein et le soleil cogne. Un couple pépie, {MARQUE}jeans{/MARQUE} et cheveux longs, ils ont quinze, seize ans. Derrière eux, affalée contre la vitre, les paupières mi-closes - la lumière -, je transpose. Si je fronce un instant les sourcils, je peux nous voir côte à côte sur ces sièges. En m'efforçant légèrement je t'observe m'embrasser. Je déplace un peu mes épaules pour revenir à la réalité, ce genre de choses ne mène nulle part. Je t'ai beaucoup croisé en peu de temps et tu es déjà partout. Les gens marchent par deux et ça me fait sourire doucement. J'entre dans un café et je me heurte à toi, soyons surpris-gênés ensemble, je te regarde me regarder et j'attends que tu te reprennes. Euphorie légère. Les jours suivants la pluie est tiède, le vent caressant, les heures courtes. Tu peux te cacher derrière chaque angle de rue, chaque passant. Les hommes sont plus grands, plus épais, plus bruns que tu ne l'es ou bien l'inverse; avec des mains plus fines ce type-là aurait pu être toi, tu imprègnes toute la ville. Tu es susceptible d'apparaître n'importe où n'importe quand alors je guette, je sens que tu seras là, gagné. Lentement j'attends de chaque minute qu'elle révèle ta présence. J'espère que tu seras ici. Perdu. L'air refroidit peu à peu, les signes s'espacent, les étincelles disparaissent. La ville redevient terne et grise, les rues sont désespérément vides de toi. Les autres ne sont pas plus ou moins que tu n'es, juste ils ne sont pas toi. Plus rien ne confirme ton existence, quelque chose se révolte dans ma cage thoracique, désillusion. Quand je réfléchis je laisse passer entre mes lèvres un souffle continu, comme tu le faisais, et puis j'arrête. J'ai construit un grand phare lumineux en attendant que tu t'y installes et je n'ai pas pensé qu'il était trop loin des côtes.
Quatre-vingt-trois
Posté le 15 mai 2006
@ 21:23
- l'après soleil Nivea Sun hydrate sans puer ni coller J'aime bien être aujourd'hui.
Quatre-vingt-deux
Posté le 13 mai 2006
@ 22:35
Un peu plus tôt dans la soirée je me suis prise une heure pour recopier des bouts de textes que j'écris au dos de mes CV, sur le brouillon de la notice de mise à jour, dans des coins de documents word pendant que ma responsable de stage ne me regarde pas, des textes que jamais je ne les place ici, même pas en invisible. Et j'ai constaté qu'un premier carnet était fini. Oh bien sûr il est riquiqui ce carnet, mini format, tout petits carreaux, une centaine de pages à peine et je n'ai écrit que sur les recto, et tout n'est pas tassé, mais un carnet quand même. Avec des machins travaillés et des trucs totalement spontanés, je relis et je me dis que parfois, mes idées ne traversent pas même mon cerveau, elles viennent se ficher directement sur le papier - c'est pas toujours brillant. Y'a des trucs on ne dirait même pas que c'est de moi, d'autres avec un rythme tellement nerveux que les lire me foutrait presque mal à l'aise. Certains sont dignes d'un journal intime d'ado pré-pubère, les textes tirés du blog sont ceux censurés, et puis il y en reste quelques uns qui me ressemblent vraiment. Quant au thème n'en parlons pas, je me trouve quasiment pitoyable mais c'est la seule solution qui m'était apparue pour "régler" la situation, comme si les émotions mourraient en les décrivant.
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